Frankenstein ou le Prométhée moderne de Mary Shelley

Victor Frankenstein, un savant suisse, est sauvé des glaces par l’équipage d’un navire en expédition au pôle nord. Très affaibli, il reste à bord et se lit d’amitié avec le capitaine du bateau, Robert Walton. Dans une lettre adressée à sa sœur, ce dernier raconte l’origine des malheurs du rescapé…

C’est le récent biopic sur Mary Shelley qui m’a donné envie de lire Frankenstein. Soit dit en passant, c’est un film très intéressant et plutôt réussi malgré une petite longueur au milieu.

C’est toujours bien de pouvoir faire le lien entre la vie de l’auteur et le contenu de son livre 😉 : Frankenstein a été écrit par Mary Shelley dans le cadre d’un concours d’écriture d’histoire d’épouvante avec son mari Percy Shelley et leur ami et hôte Lord Byron.

Si j’avais bien sûr entendu parler de ce roman, je me suis en effet rapidement rendue compte que je ne connaissais pas du tout son histoire. J’ai donc commencé ma lecture… en anglais ! Hormis quelques mots de vocabulaire que je ne connaissais pas, Frankenstein est un roman tout à fait accessible en anglais et on n’apprécie que plus l’histoire quand on a l’opportunité de la lire dans la langue de l’auteure !

Frankestein est aujourd’hui considéré comme un roman précurseur des genres gothique et de science-fiction. L’histoire de Frankenstein, qui s’approche de celle de Prométhée dans la mythologie grecque comme le titre l’indique, a en effet été reprise de nombreuses fois par la suite avec quelques variations. En petit rappel, Prométhée est un titan qui a (entre autre) volé le feu olympien. Pour cette imprudence considérée comme une offense aux dieux touts puissants, Prométhée est condamné à la torture, son foie dévoré chaque jour par un aigle du mont Caucase. On peut établir un parallèle avec l’histoire de Mary Shelley : Victor Frankenstein ayant déjoué les lois de la nature en créant un monstre et en lui donnant vie, il sera poursuivi jusqu’à sa mort pour son expérience. Dans les deux cas, c’est leur hubris et leur orgueil démesurés qui causeront leur perte.

Prométhée enchaîné, Rubens, XVIIe siècle, Palais des beaux-arts de Lille

L’histoire de Frankenstein est très bien construite, entre échange épistolaire et double mise en abîme. J’ai particulièrement aimé le moment où la créature de Frankenstein devient narrateur pour nous raconter ses deux premières années de vie. D’abord renié par son créateur à cause de sa laideur et de ses difformités, il part vivre dans les bois se nourrir de baies. Là, il apprend à parler en écoutant une paisible famille et au bout de quelques semaines il n’a finalement plus qu’une envie : vivre avec eux, se faire accepter par ces êtres si doux et si aimants. Sa tentative d’approche est un échec, les paysans fuient devant le monstre avant de lui avoir laissé le temps de s’exprimer. S’il était jusqu’alors bon, insouciant et n’aspirait qu’à une vie tranquille et heureuse, il prend une décision : obliger Frankenstein à lui créer une femelle pour lui tenir compagnie loin des hommes ou le poursuivre jusqu’à sa mort et être la cause de sa ruine.

 » There was none among the myriads of men that existed who would pity or assist me; and should I feel kindness towards my enemies? No: from that moment I declared everlasting war against the species, and more than all, against him who had formed me, and sent me forth to this insupportable misery. »

Frankenstein découvre la vie très rapidement et après avoir connu un amour sans retour, il connait aussi et exclusivement le malheur. Ainsi, c’est sa seule solitude et l’exclusion forcée dont il est victime qui le rendent « monstrueux ». Il se conforme ainsi aux attentes de son créateur maudit malgré lui.

« These wonderful narrations inspired me with strange feelings. Was man, ineed, at once so powerful, so virtuous and magnificient, yet so vicious and base ? »

Mlle Jeanne



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Children of blood and bone T1. De sang et de rage de Tomi Adeyemi

Lors du Raid, des familles ont été brisées, des villages entiers ont été massacrés et les magies furent à jamais éradiqués. Onze ans ont passé et les peuples sont toujours opprimés. Zélie a perdu sa mère cette fameuse nuit et tout espoir de vie heureuse s’est alors envolé. Mais les anciens dieux ne semblent pas les avoir complètement oubliés. Pour ramener la magie en terre d’Orïsha, Zélie croisera la route de puissants artefacts, d’une princesse rebelle et d’une armée plus déterminée que jamais.
Pour être tout à fait honnête j’ai commencé ce livre uniquement pour sa couverture que je trouve absolument magnifique. Sans même avoir lu le résumé, le titre frappant écrit en lettres dorées et l’illustration d’une jeune femme aux cheveux blancs et au regard défiant m’ont tout de suite attirée. Et autant dire que le roman est à la hauteur du travail artistique de couverture !

Le cadre de l’histoire est plutôt original car Orïsha correspond à une Afrique imaginaire où la magie existe depuis toujours. La plupart des livres de fantasy prennent pour cadre un milieu occidental ou un monde complètement merveilleux, mais jamais encore je n’en avais lu qui se déroule en Afrique. En plus du cadre original, les lieux présentés et l’univers en général sont très fouillés : une carte au début du roman permet de visualiser l’avancée du voyage des protagonistes. Tout au long de l’histoire, nous suivons quatre personnages qui sont tour à tour narrateurs. Zélie reste particulièrement mise en avant mais elle est accompagnée de son frère Tzang, d’Amari la princesse d’Orïsha et du prince Inan. Si Amari mène clairement le même combat que Zélie et tente de l’aider dans les épreuves qui s’enchaînent sur leur route, le rôle d’Inan est beaucoup plus ambiguë. On pourrait penser que les points de vue de ces différents narrateurs annule tout effet de surprise, mais ces jeunes adultes sont en pleine évolution, et par conséquent ils demeurent imprévisibles : à travers cette guerre ils s’affirment et tentent de trouver leur place dans un royaume divisé.

Comme le titre pouvait le laisser penser, De sang et de rage est un roman où la violence est décrite avec force, sans voile. Zélie est une jeune femme marquée à jamais par un massacre d’une violence inouïe et toutes ses décisions sont orientées par cet épisode dramatique. Son caractère et sa volonté hors du commun découlent des événements atroces qui ont bercé son enfance. A côté de cela, Amari et Inan, protégés de la vie par le château royal, auraient pu être des personnages plats, sans intérêts, mais ils cachent des secrets et des blessures qui les rendent également très intéressants… La quête à accomplir pour ramener la magie est certes très importante, mais tous les événements racontés prennent racine dans un passé obscur qui donne beaucoup de relief aux événements. L’histoire est donc très bien menée malgré un schéma narratif un peu trop simple et les derniers chapitres m’ont particulièrement donné envie de lire les tomes suivants !

En bref, De sang et de rage est un roman de fantasy aussi original que captivant qui raconte la quête d’adolescents poursuivis par un passé violent rythmé par des massacres et des larmes. Bonne lecture !

Mlle Jeanne



Miss Peregrine’s Peculiar Children : A map of Days, by Ransom Riggs

Having defeated the monstrous threat that nearly destroyed the peculiar world, Jacob Portman is back where his story began, in Florida. Except now Miss Peregrine, Emma, and their peculiar friends are with him, and doing their best to blend in. But carefree days of beach visits and normalling lessons are soon interrupted by a discovery—a subterranean bunker that belonged to Jacob’s grandfather, Abe.

Recently, I read the fourth volume of Miss Peregrine’s Peculiar Children in English because I wanted to (re)discover Ransom Riggs’ writing and to improve my English comprehension. But firstly, it was because of the beautiful English hardback edition. Indeed, it’s surely one of the most magnificent book I have ever had: the black book cover is decorated with a golden bird, the name of the volume is written in golden letters on the edge, all the chapters are separated by a blue page with diamond patterns and finally, at the top and at the bottom of each page, the title and the number of pages are stylized with blue lines…I think that I wasn’t very objective with the story in itself because I was too amazed by the page sitting but I tried to pay attention to my reading too!

I was very surprised when I heard about a fourth volume because I thought that the Library of Souls was the last one. Lire la suite

Les yeux du dragon

Le roi de Delain, faible et incompétent mais bien intentionné, se fait vieux. Son fils aîné Peter, qui a hérité des qualités de sa défunte mère, est prêt à prendre sa succession à sa mort. Il est aimé de tous, courageux, généreux, bon, charismatique… Et pourtant, Flagg, le magicien et conseiller en chef du roi, fait tout basculer en une soirée. Accusant Peter du meurtre de son père, il place Thomas son cadet sur le trône et s’empare du pouvoir. Du haut de la tour de l’Aiguille où il est enfermé à vie, Peter est contraint d’observer, impuissant, les ravages du magicien…

”Il était une fois un roi qui vivait dans le royaume de Delain avec ses deux enfants.”

Les yeux du dragon est un conte qui commence comme beaucoup d’autres et dont l’intrigue pourrait être résumée en quelques phrases à peine, mais le pari d’approfondir les personnages et les situations pour former un roman de 470 pages est réussi ! Dans la plupart des contes en effet, la brièveté de l’histoire impose des personnages types auxquels on n’a souvent ni le temps, ni envie de s’attacher. Ici, les personnages principaux sont également typiques de ce genre littéraire (roi, prince, magicien…) mais leur destiné s’enrichit d’intrigues secondaires, de complots, de rencontres plus intéressantes qui donnent un relief tout particulier à l’histoire. Ainsi, un détail qui peut sembler insignifiant ou anecdotique au début peut s’avérer être d’une importance capital à la fin : les ficelles de l’intrigue ne sont pas toutes aussi grosses que dan un conte plus classique, et c’est sûrement ce qui fait toute la différence. Le narrateur, très partial dans ses remarques, donne une petite touche d’originalité à l’histoire et suggère au Lire la suite