Les yeux du dragon

Le roi de Delain, faible et incompétent mais bien intentionné, se fait vieux. Son fils aîné Peter, qui a hérité des qualités de sa défunte mère, est prêt à prendre sa succession à sa mort. Il est aimé de tous, courageux, généreux, bon, charismatique… Et pourtant, Flagg, le magicien et conseiller en chef du roi, fait tout basculer en une soirée. Accusant Peter du meurtre de son père, il place Thomas son cadet sur le trône et s’empare du pouvoir. Du haut de la tour de l’Aiguille où il est enfermé à vie, Peter est contraint d’observer, impuissant, les ravages du magicien…

”Il était une fois un roi qui vivait dans le royaume de Delain avec ses deux enfants.”

Les yeux du dragon est un conte qui commence comme beaucoup d’autres et dont l’intrigue pourrait être résumée en quelques phrases à peine, mais le pari d’approfondir les personnages et les situations pour former un roman de 470 pages est réussi ! Dans la plupart des contes en effet, la brièveté de l’histoire impose des personnages types auxquels on n’a souvent ni le temps, ni envie de s’attacher. Ici, les personnages principaux sont également typiques de ce genre littéraire (roi, prince, magicien…) mais leur destiné s’enrichit d’intrigues secondaires, de complots, de rencontres plus intéressantes qui donnent un relief tout particulier à l’histoire. Ainsi, un détail qui peut sembler insignifiant ou anecdotique au début peut s’avérer être d’une importance capital à la fin : les ficelles de l’intrigue ne sont pas toutes aussi grosses que dan un conte plus classique, et c’est sûrement ce qui fait toute la différence. Le narrateur, très partial dans ses remarques, donne une petite touche d’originalité à l’histoire et suggère au Lire la suite

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L’assassin royal T1. L’apprenti assassin, de Robin Hobb

Fitz, le bâtard du prince héritier Chevalerie, grandit à Castelserf au royaume des Six-Duchés sans connaître ni mère ni père, ce dernier ayant refusé le trône en apprenant son existence. S’il ne peut en aucun cas prétendre à la couronne, Fitz reçoit une éducation sous la protection de Burrich le maître d’écurie, jusqu’au jour où le roi prend son avenir en main : Fitz va alors commencer une initiation nocturne et secrète pour devenir assassin à son service.

« Nous nous fabriquons souvent nous-mêmes nos propres prisons. Mais on peut aussi créer sa propre liberté. »

Comme introduction au roman, Fitz, devenu vieux, raconte son histoire depuis son arrivée à Castelserf à l’âge de six ans. A partir de là, on suit ses aventures d’enfant puis d’adolescent, son apprentissage du combat, des bonnes manières et de l’Art (une magie puissante réservée à la famille royale). Ce premier tome est donc avant tout un roman initiatique, surement en introduction à la suite des douze autres volumes. Habituellement je n’aime pas beaucoup me lancer dans des séries aussi longues, mais plusieurs personnes m’ont conseillé celle là et pour cause, j’ai adoré !

Le lecteur est directement plongé dans l’univers médiéval-fantastique (d’heroic fantasy) du roman. En effet, jusqu’à l’apparition de la magie, ce monde très subtil et travaillé ressemble beaucoup au nôtre pendant le Moyen-âge. L’histoire est très captivante et je me suis tout de suite attachée à Fitz : c’est un jeune garçon très solitaire qui tente de survivre dans cet univers de pouvoir dans lequel tout le monde ne lui veut pas que du bien. C’est également un personnage plutôt réaliste qui ne sait pas très bien où est sa place en raison de sa naissance. Il a des hauts et des bas, fait des erreurs et Lire la suite

Chaque chose en son temps, de Lorris Murail

Chaque-chose-en-son-temps

Reine, une jeune femme française au service de Louis Nicolic, un scientifique Serbe pendant la première guerre mondiale, le retrouve un jour gravement blessé après l’une de ses expérience. Des médecins l’emportent dans un hôpital militaire à quelques kilomètres de là et Reine se retrouve seule avec une étrange découverte : un trou noir s’est formé dans le laboratoire du scientifique. Cent ans plus tard, en 2015, deux enfants observent le même phénomène dans le garage de leur maison…

J’ai beaucoup aimé ce roman mais j’ai néanmoins un avis assez partagé. D’un côté j’ai passé un très bon moment en le lisant : Reine est un personnage attachant, une jeune femme pleine d’énergie qui donne du rythme à l’histoire. Elle est assez naïve sur l’ampleur de la Grande guerre au début et on découvre donc en même temps qu’elle l’atrocité des conflits auprès des Gueules Cassées de l’hôpital. Lorsqu’elle commence à comprendre qu’elle peut, à travers le trou noir, parler avec de habitants du futur, elle veut naturellement savoir quand est-ce que cette guerre finira. Quand Quentin et Blaise lui annoncent trois ans de conflit supplémentaires, et pour couronner le tout une seconde guerre mondiale, son moral tombe au plus bas… L’Europe que les deux enfants lui décrivent paraît alors merveilleuse, presque utopique, une belle promesse d’espoir. Un pays où l’Allemagne et la France seraient unies ! Partageraient la même monnaie ! Sans guerre ! Cette description peut paraître un peu trop idéalisée (surtout quand on connaît toutes les tensions qui animent l’Union Européenne actuellement) mais en même temps elle montre à quel point il est important de préserver la paix…

«  Il faudra être patient, attendre peut-être… quarante ans, mais il viendra, je vous l’assure, ce jour où les frontières s’effaceront et où toutes les nations de l’Europe s’uniront. Je ne vous dis pas que tous les problèmes disparaîtront mais la paix régnera. Du nord au sud, de l’ouest à l’est, il n’y aura plus qu’un seul pays, une seule grande communauté où les hommes respecteront le même drapeau, chanteront le même hymne, partageront les mêmes richesses qu’ils paieront avec la même monnaie ! »

Le message que tente de faire passer ce roman est donc particulièrement fort et très intéressant même s’il peut paraître un peu simpliste et cucul. La dimension fantastique de l’histoire donne un peu de piquant à l’intrigue, et surtout beaucoup d’espoir à Reine qui tente par tous les moyens de sauver Louis Nicolic. Mais… le concept d’échange temporel pendant la Grande guerre ne vous fait-il pas un peu (beaucoup) penser à Lire la suite

La nuit des temps de Barjavel

la nuit des temps

Simon fait partie d’une expédition scientifique au pôle sud en tant que médecin. Il ne pense qu’à revenir dans un pays chaud et confortable jusqu’au jour où un étrange signal apparaît sur l’écran d’un des appareils de mesure. Des ruines vieilles de plus de 900 000 ans, enfouies sous 980 mètres de glace, viennent d’être découvertes au point 612 de l’Antarctique…

« Je suis entré, et je t’ai vue.

Et j’ai été saisi aussitôt par l’envie furieuse, mortelle, de casser, de détruire tous ceux qui, là, derrière moi, derrière la porte, dans la Sphère, sur la glace, devant leurs écrans du monde entier, attendaient de savoir et de voir. Et qui allaient TE voir, comme je te voyais.

Et pourtant, je voulais aussi qu’ils te voient. Je voulais que le monde entier sût combien tu étais, merveilleusement, incroyablement, inimaginablement belle.

Te montrer à l’univers, le temps d’un éclair, puis m’enfermer avec toi, seul, et te regarder pendant l’éternité. »

Le début de l’histoire m’a particulièrement plu : j’avais très hâte de connaître ce qui se cachait sous le glace dans une sphère d’or impénétrable. Simon, narrateur occasionnel, nous livre ses sentiments sur l’expédition de manière postérieure, une fois revenu à Paris. Ces courts passages ne font qu’augmenter le mystère autour de cette découverte polaire. Qu’est-ce qui a pu le bouleverser autant sous la glace de l’Antarctique ? Pourquoi peine t-il à retrouver sa vie urbaine ? De quoi attiser la curiosité… Et je n’ai pas été déçue ! Les personnages sont tous très intéressants à leur façon : Simon l’est en fait principalement pour les sentiments qu’il éprouve pour « la découverte » (haa ! c’est dur de ne pas en dire plus ! ;)), et on a finalement peu d’informations à son sujet. Les autres chercheurs ont des caractères variés et certains préjugés que j’ai pu avoir sur des personnages se sont finalement révélés faux par la suite. L’ensemble des personnages dépeint un milieu scientifique essentiellement masculin, à l’exception d’une femme dans l’équipe…

Si le début de l’histoire est rythmé, le milieu du roman alterne entre des passages tout aussi intéressants et d’autres qui trainent un peu en longueur à mon goût : on en sait finalement presque trop. L’auteur nous raconte tout ce qui s’est passé il y a 900 000 ans dans les moindres détails alors que tout n’est pas d’une importance capitale, si bien que cela laisse finalement peu de place à l’imagination. Je préfère être dans l’attente de la vérité qu’à un stade où l’on croit tout connaître alors que ce n’est pas forcément le cas… Et pour cause, je ne m’attendais pas du tout au retournement final, l’effet de surprise est très réussi ! Il clôt l’histoire en beauté et donne envie de relire le début du livre pour y découvrir d’éventuels indices…

Entre découverte scientifique, romance et fantastique, La nuit des temps marie des genres très différents pour former une histoire captivante que j’ai adorée !

marguerite passionément

Mlle Jeanne



 

Passenger, d’Alexandra Bracken

Etta, une jeune violoniste talentueuse et passionnée voit son destin basculer le jour de sa première. Alors qu’elle s’apprête à entrer sur scène pour jouer le Concerto pour violon de Mendelssohn avec un Stradivarius, un sifflement strident qu’elle seule semble entendre retentit. Quelques minutes plus tard, elle retrouve sa professeure de violon assassinée et voyage à travers le temps pour atterrir en plein 18e siècle…

Ce livre me faisait envie depuis un petit bout de temps et je n’ai pas été déçue ! L’histoire (et surtout le résumé de la quatrième de couverture) peut sembler un peu clichée mais ce n’est finalement pas le cas. Les personnages principaux sont attachants et assez complexes ; le prologue est assez déroutant mais on le comprend au fur et à mesure qu’on découvre le passé de Nicholas, un des protagonistes. Si la notion du temps est un peu chamboulée à cause de tous ces voyages temporels, le passé des personnages à un rôle très important dans l’intrigue. Certains, sans trop vous en dire, se révèlent à la fin de l’histoire pour renverser des situations et surprendre le lecteur, et c’est vraiment réussi (en tous cas personnellement je me suis laissée cueillir !). On voyage donc dans le temps en compagnie d’Etta et Nicholas, et on découvre beaucoup de lieux à différentes époques. Le moment que j’ai préféré est leur excursion en Syrie au XVIe siècle. Lire la suite