Au bonheur des dames, d’Emile Zola

Denise arrive à Paris avec ses frères pour la première fois dans l’espoir de pouvoir travailler chez son oncle. En faillite, celui-ci ne peut pas l’accueillir. Elle entre alors comme vendeuse chez son plus grand concurrent : Au bonheur des dames, un gigantesque magasin spécialisé dans le prêt à porter féminin.

Au bonheur des dames était le premier roman de Zola que je lisais et il me donne très envie d’en lire d’autres. Je me suis tout de suite attachée à Denise ; on redécouvre Paris à la fin du XIXe siècle avec elle. Tout au long du roman, le Bonheur des dames est décrit comme étant une énorme machine, un monstre qui écrase toutes les petites friperies qui ont du mal à s’adapter. Si Denise est au début terrifiée par cette ville qu’elle ne connaît pas, la concurrence entre les vendeuses du magasin et la misère dont elle a du mal à sortir, elle évolue petit à petit (comme dans un roman initiatique) et trouve finalement sa place.

L’histoire d’amour est très captivante : le suspens est tenu jusqu’à la dernière page ! Elle permet de montrer un autre visage des personnages : Denise est d’abord présentée comme étant mal coiffée, pas spécialement belle, puis comme ayant du charme et étant intelligente.

Mourret, le directeur du grand-magasin est un personnage très intéressant et complexe, persuadé qu’il faut encore agrandir le magasin, baisser les prix, inaugurer de nouveaux rayons plus exotiques les uns que les autres. Petit à petit, les clientes ressentent, non plus un désir, mais un besoin irrationnel d’acheter de nouveaux vêtements et tissus, jusqu’à en voler parfois. La description du magasin, de la foule qui y pénètre, des acheteurs, pourrait paraître ennuyante, mais elle est au contraire très intéressante : elle donne une impression de mouvement, Lire la suite

Les mots, de Sartre

 

 

Résumé des Mots :

Dans Les Mots, Sartre raconte son enfance, de sa naissance jusqu’à ses onze ans environ. Le livre est séparé en deux grandes parties « Lire » et « Ecrire ».

  • « Lire »

Il commence par présenter sa famille et plus particulièrement la vie de sa mère jusqu’à sa naissance. Orphelin de père, Sartre sera ainsi éveillé à la littérature par son grand-père maternel. Jusqu’à ce qu’il se mette à écrire….

  • « Ecrire »

Vers ses sept-huit ans Sartre ne va pas à l’école (son grand-père a essayé mais s’est fâché avec le directeur) mais écrit des histoires, y passant ses journées, pour se sentir important. Sartre adulte explique qu’il plagiait régulièrement ses lectures pour enfants, jusqu’à son envoi, plus âgé, au lycée henri 4.

Mon avis :

J’ai bien aimé cette autobiographie, principalement pour l’écriture de Sartre que j’ai trouvée très belle et accrocheuse, réussissant à maintenir l’intérêt du lecteur.

Concernant l’histoire, il s’agit de l’enfance de Sartre que je n’ai pas trouvée passionnante. Il dresse un portrait assez pitoyable de son enfance trop facile (il s’ennuie et est excessivement gâté) à une époque où beaucoup d’enfants n’avaient pas la chance de pouvoir s’ennuyer et ont souffert de la 1ère Guerre Mondiale (alors que c’est à peine si Sartre remarque l’arrivée de la guerre). Cette autobiographie est finalement peut-être réussie dans la mesure où elle nous révèle beaucoup de la personnalité de son auteur. Tout au long de ma lecture j’ai trouvé Sartre très égocentrique et trop heureux de pouvoir dénigrer l’enfant qu’il était…pour pouvoir mieux mettre en avant l’adulte qu’il est devenu (on sent son auto-satisfaction en le lisant). Sartre n’est pas attachant et dresse un portrait de sa famille qui ne les rend pas très attachant non plus, à l’exception peut-être de sa mère dont il dépeint le mérite d’avoir ainsi éduqué son fils en supportant la pression sociale et familiale. En définitive, seule l’écriture de Sartre et sa manière de décrire et de vénérer les livres m’ont plu. Pour le reste je n’ai vraiment pas accroché avec la personnalité de Sartre.

 

En bref, je n’ai pu qu’admirer la plume talentueuse de Sartre et m’énerver devant sa suffisance et sa prétention (qu’il reconnait enfant et qu’on retrouve dans les commentaires de Sartre adulte) !

Petite biographie de l’auteur :

Jean-Paul Sartre est né en 1905 et mort en 1980 à Paris. Cet écrivain et philosophe (sorti premier à l’agrégation de philosophie à sa deuxième tentative) fut la figure de proue du mouvement existentialiste. En 1945, il fonda puis dirigea la revue Les Temps modernes (engagée politiquement). Sa philosophie comme son œuvre restent très marqués par les troubles du début du 20e siècle. Il est connu pour avoir refusé le prix Nobel de littérature en 1964 et pour avoir été le compagnon de Simone de Beauvoir, également philosophe.

Ses principaux essais sont L’Etre et le Néant (1943) et L’existentialisme est un humanisme (1946). Il a également écrit des œuvres littéraires telles que la Nausée (1938), Huit-Clos (1945) et Les mots (1963).

 

Yoko



 

En attendant Godot, de Samuel Beckett

 

Au bord d’une route de campagne, près d’un arbre, à la tombée de la nuit, Vladimir et Estragon attendent. Ils attendent Godot qui a dit qu’il passerait les voir avant la tombée de la nuit. Le reste de la pièce montre cette attente qui semble ne pas avoir de fin…

 

Le début de cette pièce de théâtre m’a déroutée car il n’y a aucune intrigue, pas d’action générale, encore moins de fil directeur. La pièce se construit sur des conversations vides qui ne nous font entrevoir que partiellement la personnalité des personnages (enfin, s’ils en ont une !). Passé ce moment, il devient intéressant de suivre l’auteur et de découvrir progressivement où il nous emmène. C’est pour cette raison que j’ai préféré l’acte 2 à l’acte 1, on commence à comprendre où nous emmène l’auteur :  vers une répétition de l’acte 1, un deuxième jour qui passe, semblable au premier. Dans une attente qui semble ne pas avoir de sens. Cette lecture m’a donc globalement plu même si le manque d’intrigue et de sens immédiat de la pièce m’ont gênée.

Comme vous pouvez le voir cette pièce de théâtre n’a pas été une grosse déception (je ne m’attendais pas à grand chose) mais plutôt une lecture intéressante pour la manière dont la pièce est écrite et articulée.

Intérêt philosophique de En attendant Godot :

On se demande plusieurs fois au cours de sa lecture quel sens donner à cette attente. Godot n’est-il qu’une personne lambda, que les deux personnages principaux attendent indéfiniment ou cache-t-il une signification plus importante ? Si Godot n’est qu’un homme parmi d’autres alors la pièce ne revêt finalement pas beaucoup de sens et semble hermétique et absurde. La deuxième possibilité, nettement plus tentante, serait d’y voir une représentation divine. Samuel Beckett s’est plusieurs fois défendu d’avoir voulu donner une portée philosophique ou un sens quelconque à sa pièce (on retrouve donc notre première hypothèse). Seulement, comment alors expliquer son succès quasi-immédiat ? Comment croire que Beckett n’ait voulu écrire qu’une pièce absurde, sans aucun sens ?

Dans « Godot » on a souvent voulu voir « God » ou « Dieu » en anglais. Ainsi Estragon et Vladimir attendraient Dieu et celui-ci ne viendrait jamais. De nombreux indicateurs d’une portée théologique de la pièce peuvent en effet être trouvés dans le texte : il est plusieurs fois fait référence à Dieu , à Caïn, à Abel ou à Jésus. La religion a donc une place importante dans la pièce. De plus les rares passages semblant faire sens sont consacrés à la religion.

Si l’on adhère à cette hypothèse, nos deux personnages attendraient donc jour après jour Dieu, persuadés qu’il viendra les rencontrer et les sauver. Cette mention dans le texte du fait que Godot doit « sauver » Vladimir et Estragon est d’ailleurs importante car le dieu des chrétiens est également un Dieu « sauveur ».

Mais la vision de la religion de Beckett est également ironique et pessimiste puisque cette attente forcée conduit Estragon et Vladimir à combler leur vie avec des discussion inutiles et vides et à constater à quel point l’ennui occupe une place importante dans leur vie. La vie dans l’attente de Godot, ou de Dieu, semble donc vide de sens et de bonheur (Estragon et Vladimir n’arrivant pas à savoir s’ils sont ou non heureux).

De plus on comprend en lisant la pièce que Godot ne viendra pas puisqu’il remet chaque jour sa visite au lendemain. On ne peut même pas être certains qu’Estragon et Vadimir l’aient déjà vu ou s’en souviennent. Dans ce cas, une question s’impose assez rapidement au lecteur : Godot existe-t-il ? Dieu existe-t-il ? Beckett pourrait (toujours si on suit la deuxième hypothèse) donc remettre ici en question l’existence et l’utilité de la religion qui ne sauve pas les hommes mais semble ici les maintenir dans un ennui et une inutilité permanents.

Biographie de l’auteur :

Samuel Beckett est né le 13 avril 1906 au Royaume-Uni et est mort le 22 décembre 1989 en France. Il étudie au Trinity College de Dublin puis choisit de devenir écrivain, dramaturge et poète. Il cherche dans ses écrits à développer une certaine innovation du langage et des situations. En attendant Godot (1952) est son premier succès. Ses deux autres pièces de théâtre les plus connues sont Fin de partie (1957) et Oh les beaux jours (1960).

 

Yoko



Le visiteur, d’Eric-Emmanuel Schmitt

Bonjour à tous !

Après une plutôt longue absence du blog (compensée par les super articles de Mlle Jeanne) je reviens avec une série d’avis sur des livres un peu différents de mes lectures habituelles. En clair, des livres lus pour les cours (de philo). J’ai eu de très belles surprises (comme avec cette pièce de théâtre) mais aussi de petites déceptions (à découvrir bientôt 😉 ).

 

Juin 1938. Freud est avec sa fille Anna, qui essaye de le convaincre de partir de Vienne pour échapper aux persécutions contre les juifs. La visite d’un nazi qui les menace et leur vole leurs dernières économies achève de le décider. C’est alors qu’un mystérieux visiteur fait son entrée. Sans jamais donner explicitement son identité, il remet en question l’athéisme de Freud et engage avec lui un passionnant débat…

 

 

J’ai beaucoup aimé cette pièce de théâtre. On y retrouve à la fois un aspect très historique (on rencontre ainsi Freud à la fin de sa vie, ce qui est passionnant) et un aspect assez fantastique (l’arrivée d’un inconnu pour lequel on ne sait pas s’il existe réellement ou s’il est une hallucination de Freud) qui rendent la pièce très dynamique.

Les personnalités des personnages sont également très travaillées, ce qui est intéressant : en effet on observe un Freud traité à la manière d’un mythe (celui de l’inventeur de la psychanalyse) mais qui, arrivé à la fin de sa vie, doute et est prêt à remettre en question ses certitudes. De la même manière j’ai beaucoup apprécié le personnage d’Anna (sa fille), qui est loin d’être une femme parfaite (elle a un caractère très affirmé) mais qui ne manque pas de courage. Je ne savais pas qu’elle avait joué un aussi grand rôle auprès de son père à la fin de sa vie et cela m’a beaucoup intéressée.

J’ai trouvé que la pièce était très bien écrite, on y trouve aucune longueur ni lourdeur, mais le fait que le narrateur sous une extériorité apparente prenne position dans les didascalies m’a parfois gênée. En effet je trouve qu’il est dommage que l’on perçoive autant son point de vue dans la manière dont sont écrites les didascalies (elles ne sont jamais écrites comme si l’inconnu pouvait être un homme, mais toujours comme s’il était doué d’une sorte d’omniscience et de supériorité vis-à-vis de Freud. Lorsqu’il s’agit de didascalies concernant l’Inconnu on ne trouve pas seulement des indications scéniques ou de jeu pour les acteurs mais également des remarques sur l’état d’esprit de l’Inconnu).

Intérêt philosophique du Visiteur : (attention quelques spoilers 🙂 )

Le Visiteur est une sorte de réponse à L’avenir d’une illusion de Freud. Dans L’avenir d’une illusion, Freud expliquait que la religion n’était qu’une illusion, une chimère à laquelle il fallait renoncer. Dans sa pièce Eric-Emmanuel Schmitt imagine quelle aurait pu être la réponse de Dieu aux arguments de Freud.

Ainsi le passage où L’Inconnu demande à Freud si son athéisme n’est pas un refoulement de son désir de croire en Dieu est très intéressant. En effet il permet de renverser l’argumentation de Freud et de la voir d’une autre manière. L’athéisme pourrait aussi bien être une illusion que la religion. L’Inconnu rappelle à Freud qu’on a pas plus de preuve de l’existence de dieu que de sa non existence.

De plus la pièce offre un autre point de vue que celui de Freud sur la religion. Ce que Freud appelle le courage de voir la vie telle qu’elle est, c’est-à-dire un hasard, semble être pour l’inconnu du désespoir.

Ce qui est également très intéressant dans cette pièce c’est que dans L’avenir d’une illusion, Freud expliquait qu’une éducation à la raison permettrait de montrer à quel point la religion est une illusion. Or l’Inconnu tient un raisonnement tout à fait construit lorsqu’il parle de l’existence de Dieu. Cette pièce pourrait donc être une manière pour Eric-Emmanuel Schmitt de répondre à Freud, en montrant que la raison permet effectivement de refuser l’existence de Dieu mais que la foi peut également échapper à la raison car certaines choses dans l’existence sont mystérieuses :

« Jusqu’à ce soir tu pensais que la vie était absurde. Désormais tu sauras qu’elle est mystérieuse. »

Biographie de l’auteur :

Eric-Emmanuel Schmitt est né le 28 mars 1960 en France. Ce dramaturge, nouvelliste, romancier et réalisateur français (naturalisé belge en 2008) est passé par l’école normale supérieur et est agrégé de philosophie. Il a tout d’abord écrit des pièces de théâtre comme La nuit de Valognes ou Le Visiteur et s’est ensuite tourné vers l’écriture de romans parmi lesquels L’Evangile selon Pilate, la Part de l’autre et Oscar et la Dame Rose. Ses écrits ont souvent des thèmes religieux (il a écrit sur le judaïsme, le christianisme, le boudhisme…). Il se consacre aujourd’hui à l’écriture cinématographique et romanesque.

 

Yoko



 

Fahrenheit 451, de Ray Bradbury

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Imaginez-vous:

Un monde dans lequel les pompiers brûlent les livres. Un monde dont les habitants sont manipulés, dominés par l’ignorance. Un monde où toute liberté est absente. Il ne faut parfois qu’une rencontre pour tout changer. La rencontre de Clarisse, une jeune fille de dix-sept ans, ouverte, curieuse, cultivée, et de Guy Montag, un pompier qui dérobe des livres.

Que se passera-t-il si Montag lit ces livres ? Que se passera-t-il s’il tente de changer son monde ? S’il découvre le vide qui occupe sa vie? Ne subsiste-t-il aucune contestation ?

Fahrenheit 451 est un roman de science-fiction engagé, à l’écriture prenante et au titre évocateur : 451° fahrenheit représente l’exacte température à partir de laquelle un livre brûle… Lire la suite