1984, de George Orwell

 

« ils me fusilleront ça m’est égal ils me troueront la nuque cela m’est égal à bas Big Brother ils visent toujours la nuque cela m’est égal A bas Big Brother. »

4 avril 1984 : ce sont les premiers mots qu’inscrit Winston sur son journal. S’en suivent beaucoup d’autres, et peu importe ce qu’il y écrira, puisque le fait d’écrire dans un journal constitue en lui-même un crime. Dans un monde où « la guerre c’est la paix », « la liberté c’est l’esclavage », « l’ignorance c’est la force » et où « Big Brother vous regarde », il est pratiquement impossible de penser différemment, d’avoir quelques secondes à soi ou d’effectuer le moindre geste qui puisse être suspect. Pourtant, Winston est persuadé de ne pas être le seul à vouloir plus de liberté à cause d’un regard échangé, d’un rêve des plus étranges, ou d’attitudes trop parfaites.

« Son attention se concentra de nouveau sur la page. Il s’aperçut que pendant qu’il s’était oublié à méditer, il avait écrit d’une façon automatique. Ce n’était plus la même écriture maladroite et serrée. Sa plume avait glissé voluptueusement sur le papier lisse et avait tracé plusieurs fois, en grandes majuscules nettes, les mots : À BAS BIG BROTHER

(…) La moitié d’une page en était couverte. »

J’avais entendu beaucoup de bien de 1984 quand j’ai commencé ma lecture et je n’ai pas été déçue. Dès le tout début, on a envie de tout comprendre : d’en apprendre plus sur le personnage principal, Winston, de découvrir cet état totalitaire, de savoir comment est-ce que l’histoire finira.

Je ne sais pas si je peux clairement dire que j’ai aimé le personnage principal, Winston. C’est à travers ses yeux qui s’ouvrent petit à petit sur le monde qui l’entoure qu’on découvre le fonctionnement de cette société terrifiante et impressionnante par beaucoup d’aspects. Ce n’est pas pour autant que je me suis particulièrement attachée à ce personnage (et la fin n’y est sans doute pas pour rien…), mais ce n’est absolument pas gênant pour la lecture et j’ai tout de même adoré ce livre. C’est quelqu’un de vraiment très intéressant et on assiste en quelque sorte à sa renaissance car il découvre quelques bonheurs de la vie en même temps que l’atrocité du cercle vicieux dans lequel la société dont il fait partie est plongée.

« – Ne voyez-vous pas que le véritable but du novlangue est de restreindre les limites de la pensée ? A la fin, nous rendrons littéralement impossible le crime par la pensée car il n’y aura plus de mots pour l’exprimer. »

Un des éléments qui m’a le plus plu dans ce roman est l’invention du novlangue. Contrairement aux autres langues, le but du novlangue n’est pas de restreindre son vocabulaire mais de l’agrandir. En effet, la logique est simple : si on n’a plus de mots pour exprimer un crime, comment pourrait-on avoir l’idée de le commettre ? C’est un raisonnement assez déroutant au début, mais qui est pourtant très ingénieux si on suit la logique de pensée de l’Etat.

Cet Etat, dont je n’ai pas beaucoup parlé jusqu’à présent, est représenté par un homme dont on ne sait pas grand chose : Big Brother. Il réécrit sans cesse l’histoire pour avoir systématiquement raison. Le métier de Winston est en effet de réécrire d’anciens articles de journaux si ceux-ci disaient quelque chose qui a été modifié ou qui donne tort à l’Etat, et d’ensuite détruire l’ancien article pour qu’il n’y ait plus aucune preuve. Ainsi, l’Océania, le pays dans lequel vit Winston est continuellement en guerre avec l’Eurasia ou l’Estasia, cela change relativement régulièrement et personne ne s’en rend compte puisque l’état de guerre est devenu une habitude et que l’ennemi est finalement un détail.

La fin de l’histoire est à la fois géniale et horrible. Je crois que c’est la première fois que j’aurais préféré que le personnage principal d’un roman meure. C’est bizarre de dire ça, mais oui, je crois que j’aurais vraiment préféré qu’il meure. La fin est impressionnante et je ne dis pas que j’aurais préféré une autre fin, seulement que d’un point de vue moral… la fin est juste horrible. Elle est en parfaite cohésion avec le reste du roman, en y réfléchissant, mais pour moi qui suis toujours restée en mode « et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants », le choc est un peu rude !

Bref, 1984, est un roman qui faut absolument lire, je pense. Ensuite, il existe surement plusieurs « niveaux de lecture » : j’entends par là que je n’ai sans doute pas tout compris tout le temps et que je n’ai pas particulièrement approfondi la réflexion que peut susciter cette lecture, mais dans tous les cas, je l’ai vraiment appréciée. C’est un roman d’anticipation captivant et très intéressant qui nous montre un totalitarisme poussé à l’extrême.

L’avez-vous lu ? Qu’en avez-vous pensé ?

Mlle Jeanne



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Vingt mille lieux sous les mers, de Jules Verne

Un gigantesque animal marin sillonne les mers du globe en effrayant les navigateurs et en causant des dégâts sur leurs bateaux. Le professeur Aronnax, expert en histoire naturelle et auteur des deux très célèbres livres « Les mystères des grands fonds sous-marins », est invité à bord de l’expédition chargée de capturer la bête. Alors que, découragés, ils voient enfin la créature sous-marine, celle-ci attaque le navire. Seuls rescapés du naufrage, le professeur Aronnax, son fidèle serviteur Conseil et Ned Land, un harponneur Canadien, trouvent refuge à bord de la créature… qui n’est autre qu’un gigantesque sous-marin, Le Nautilus !

Pour ceux qui n’ont pas encore lu le livre, attention, la fin sera plus ou moins dévoilée en fin d’article.

Mais commençons déjà par le début : à bord du Nautilus, les trois compagnons rencontrent le capitaine Nemo, qui leur promet de leur faire découvrir les mers et océans sous un nouvel angle en échange de leur liberté. On découvre donc le milieu sous-marin avec le professeur Aronnax, aussi bien vêtu de scaphandre pour une chasse aux poissons, qu’avec une attaque de Krakens ou la découverte d’Atlantide. L’histoire est d’autant plus originale que Jules Verne décrit le Nautilus comme un sous-marin beaucoup plus avancé technologiquement que tout ce qui existait alors. Bref, tout le roman est passionnant, les personnages vont d’étapes en étapes, toutes plus impressionnantes les unes que les autres… mais il y a tout de même quelques longueurs qui rendent l’histoire plus monotone et lui font perdre un peu de rythme.

Néanmoins, si je continuais ma lecture, c’était principalement pour savoir qui était le capitaine Nemo, un personnage dont on ne sait pas grand chose, misanthrope, dont la famille semble avoir été assassinée et qui parle de vengeance tout en étant dégouté par les humains et leur cruauté. J’ai donc été terriblement déçue par la fin du livre. Tout au long du roman, j’avais l’impression que Jules Verne laissait des indices.

Pourquoi le capitaine Nemo vit-il à l’écart des hommes ? Qui est-il ? Pourquoi enferme t-il ses trois invités-otages pendant un temps indéterminé à un moment de l’histoire ? Pourquoi un de ses hommes revient-il gravement blessé (et finalement mort) à bord du Nautilus ? Quelle langue parle-t-il avec son équipage ?

Autant de questions restées sans réponses…

Michel Strogoff et Le tour du monde en quatre-vingt jours (les deux autres romans de Jules Verne que j’ai lus) sont également passionnants, mais leur fin est géniale ! Alors… pourquoi cette fin dans Vingt-Mille lieux sous les mers ?

Mon avis sur cette lecture est un peu mélangé : en énumérant ces questions, je me rends compte à quel point les pistes laissées sont/auraient pu être passionnantes, les personnages sont complexes, l’histoire est très originale… et il y a finalement cette fin qui me déçoit.

Si vous l’avez déjà lu, je serais très heureuse de connaître votre avis et de pouvoir en discuter !

Mlle Jeanne



 

Au bonheur des dames, d’Emile Zola

Denise arrive à Paris avec ses frères pour la première fois dans l’espoir de pouvoir travailler chez son oncle. En faillite, celui-ci ne peut pas l’accueillir. Elle entre alors comme vendeuse chez son plus grand concurrent : Au bonheur des dames, un gigantesque magasin spécialisé dans le prêt à porter féminin.

Au bonheur des dames était le premier roman de Zola que je lisais et il me donne très envie d’en lire d’autres. Je me suis tout de suite attachée à Denise ; on redécouvre Paris à la fin du XIXe siècle avec elle. Tout au long du roman, le Bonheur des dames est décrit comme étant une énorme machine, un monstre qui écrase toutes les petites friperies qui ont du mal à s’adapter. Si Denise est au début terrifiée par cette ville qu’elle ne connaît pas, la concurrence entre les vendeuses du magasin et la misère dont elle a du mal à sortir, elle évolue petit à petit (comme dans un roman initiatique) et trouve finalement sa place.

L’histoire d’amour est très captivante : le suspens est tenu jusqu’à la dernière page ! Elle permet de montrer un autre visage des personnages : Denise est d’abord présentée comme étant mal coiffée, pas spécialement belle, puis comme ayant du charme et étant intelligente.

Mourret, le directeur du grand-magasin est un personnage très intéressant et complexe, persuadé qu’il faut encore agrandir le magasin, baisser les prix, inaugurer de nouveaux rayons plus exotiques les uns que les autres. Petit à petit, les clientes ressentent, non plus un désir, mais un besoin irrationnel d’acheter de nouveaux vêtements et tissus, jusqu’à en voler parfois. La description du magasin, de la foule qui y pénètre, des acheteurs, pourrait paraître ennuyante, mais elle est au contraire très intéressante : elle donne une impression de mouvement, Lire la suite

Les mots, de Sartre

 

 

Résumé des Mots :

Dans Les Mots, Sartre raconte son enfance, de sa naissance jusqu’à ses onze ans environ. Le livre est séparé en deux grandes parties « Lire » et « Ecrire ».

  • « Lire »

Il commence par présenter sa famille et plus particulièrement la vie de sa mère jusqu’à sa naissance. Orphelin de père, Sartre sera ainsi éveillé à la littérature par son grand-père maternel. Jusqu’à ce qu’il se mette à écrire….

  • « Ecrire »

Vers ses sept-huit ans Sartre ne va pas à l’école (son grand-père a essayé mais s’est fâché avec le directeur) mais écrit des histoires, y passant ses journées, pour se sentir important. Sartre adulte explique qu’il plagiait régulièrement ses lectures pour enfants, jusqu’à son envoi, plus âgé, au lycée henri 4.

Mon avis :

J’ai bien aimé cette autobiographie, principalement pour l’écriture de Sartre que j’ai trouvée très belle et accrocheuse, réussissant à maintenir l’intérêt du lecteur.

Concernant l’histoire, il s’agit de l’enfance de Sartre que je n’ai pas trouvée passionnante. Il dresse un portrait assez pitoyable de son enfance trop facile (il s’ennuie et est excessivement gâté) à une époque où beaucoup d’enfants n’avaient pas la chance de pouvoir s’ennuyer et ont souffert de la 1ère Guerre Mondiale (alors que c’est à peine si Sartre remarque l’arrivée de la guerre). Cette autobiographie est finalement peut-être réussie dans la mesure où elle nous révèle beaucoup de la personnalité de son auteur. Tout au long de ma lecture j’ai trouvé Sartre très égocentrique et trop heureux de pouvoir dénigrer l’enfant qu’il était…pour pouvoir mieux mettre en avant l’adulte qu’il est devenu (on sent son auto-satisfaction en le lisant). Sartre n’est pas attachant et dresse un portrait de sa famille qui ne les rend pas très attachant non plus, à l’exception peut-être de sa mère dont il dépeint le mérite d’avoir ainsi éduqué son fils en supportant la pression sociale et familiale. En définitive, seule l’écriture de Sartre et sa manière de décrire et de vénérer les livres m’ont plu. Pour le reste je n’ai vraiment pas accroché avec la personnalité de Sartre.

 

En bref, je n’ai pu qu’admirer la plume talentueuse de Sartre et m’énerver devant sa suffisance et sa prétention (qu’il reconnait enfant et qu’on retrouve dans les commentaires de Sartre adulte) !

Petite biographie de l’auteur :

Jean-Paul Sartre est né en 1905 et mort en 1980 à Paris. Cet écrivain et philosophe (sorti premier à l’agrégation de philosophie à sa deuxième tentative) fut la figure de proue du mouvement existentialiste. En 1945, il fonda puis dirigea la revue Les Temps modernes (engagée politiquement). Sa philosophie comme son œuvre restent très marqués par les troubles du début du 20e siècle. Il est connu pour avoir refusé le prix Nobel de littérature en 1964 et pour avoir été le compagnon de Simone de Beauvoir, également philosophe.

Ses principaux essais sont L’Etre et le Néant (1943) et L’existentialisme est un humanisme (1946). Il a également écrit des œuvres littéraires telles que la Nausée (1938), Huit-Clos (1945) et Les mots (1963).

 

Yoko



 

En attendant Godot, de Samuel Beckett

 

Au bord d’une route de campagne, près d’un arbre, à la tombée de la nuit, Vladimir et Estragon attendent. Ils attendent Godot qui a dit qu’il passerait les voir avant la tombée de la nuit. Le reste de la pièce montre cette attente qui semble ne pas avoir de fin…

 

Le début de cette pièce de théâtre m’a déroutée car il n’y a aucune intrigue, pas d’action générale, encore moins de fil directeur. La pièce se construit sur des conversations vides qui ne nous font entrevoir que partiellement la personnalité des personnages (enfin, s’ils en ont une !). Passé ce moment, il devient intéressant de suivre l’auteur et de découvrir progressivement où il nous emmène. C’est pour cette raison que j’ai préféré l’acte 2 à l’acte 1, on commence à comprendre où nous emmène l’auteur :  vers une répétition de l’acte 1, un deuxième jour qui passe, semblable au premier. Dans une attente qui semble ne pas avoir de sens. Cette lecture m’a donc globalement plu même si le manque d’intrigue et de sens immédiat de la pièce m’ont gênée.

Comme vous pouvez le voir cette pièce de théâtre n’a pas été une grosse déception (je ne m’attendais pas à grand chose) mais plutôt une lecture intéressante pour la manière dont la pièce est écrite et articulée.

Intérêt philosophique de En attendant Godot :

On se demande plusieurs fois au cours de sa lecture quel sens donner à cette attente. Godot n’est-il qu’une personne lambda, que les deux personnages principaux attendent indéfiniment ou cache-t-il une signification plus importante ? Si Godot n’est qu’un homme parmi d’autres alors la pièce ne revêt finalement pas beaucoup de sens et semble hermétique et absurde. La deuxième possibilité, nettement plus tentante, serait d’y voir une représentation divine. Samuel Beckett s’est plusieurs fois défendu d’avoir voulu donner une portée philosophique ou un sens quelconque à sa pièce (on retrouve donc notre première hypothèse). Seulement, comment alors expliquer son succès quasi-immédiat ? Comment croire que Beckett n’ait voulu écrire qu’une pièce absurde, sans aucun sens ?

Dans « Godot » on a souvent voulu voir « God » ou « Dieu » en anglais. Ainsi Estragon et Vladimir attendraient Dieu et celui-ci ne viendrait jamais. De nombreux indicateurs d’une portée théologique de la pièce peuvent en effet être trouvés dans le texte : il est plusieurs fois fait référence à Dieu , à Caïn, à Abel ou à Jésus. La religion a donc une place importante dans la pièce. De plus les rares passages semblant faire sens sont consacrés à la religion.

Si l’on adhère à cette hypothèse, nos deux personnages attendraient donc jour après jour Dieu, persuadés qu’il viendra les rencontrer et les sauver. Cette mention dans le texte du fait que Godot doit « sauver » Vladimir et Estragon est d’ailleurs importante car le dieu des chrétiens est également un Dieu « sauveur ».

Mais la vision de la religion de Beckett est également ironique et pessimiste puisque cette attente forcée conduit Estragon et Vladimir à combler leur vie avec des discussion inutiles et vides et à constater à quel point l’ennui occupe une place importante dans leur vie. La vie dans l’attente de Godot, ou de Dieu, semble donc vide de sens et de bonheur (Estragon et Vladimir n’arrivant pas à savoir s’ils sont ou non heureux).

De plus on comprend en lisant la pièce que Godot ne viendra pas puisqu’il remet chaque jour sa visite au lendemain. On ne peut même pas être certains qu’Estragon et Vadimir l’aient déjà vu ou s’en souviennent. Dans ce cas, une question s’impose assez rapidement au lecteur : Godot existe-t-il ? Dieu existe-t-il ? Beckett pourrait (toujours si on suit la deuxième hypothèse) donc remettre ici en question l’existence et l’utilité de la religion qui ne sauve pas les hommes mais semble ici les maintenir dans un ennui et une inutilité permanents.

Biographie de l’auteur :

Samuel Beckett est né le 13 avril 1906 au Royaume-Uni et est mort le 22 décembre 1989 en France. Il étudie au Trinity College de Dublin puis choisit de devenir écrivain, dramaturge et poète. Il cherche dans ses écrits à développer une certaine innovation du langage et des situations. En attendant Godot (1952) est son premier succès. Ses deux autres pièces de théâtre les plus connues sont Fin de partie (1957) et Oh les beaux jours (1960).

 

Yoko