L’homme du verger, d’Amanda Coplin

Depuis la mort de sa mère et la disparition de sa sœur, Talmadge vit seul dans une vallée du nord-ouest des Etats-Unis. Son existence solitaire et paisible prend subitement fin par l’arrivée de deux jeunes filles épuisées et affamées dans son verger. Il apprend progressivement à les apprivoiser et découvre alors leur sombre passé…

Ce roman m’a vraiment énormément plu. : il raconte une histoire familiale très dure qui invite à la réflexion et qui m’a particulièrement touchée. Je pense que l’atmosphère de l’histoire a beaucoup joué sur mon ressenti final : elle est très apaisante et on a l’impression d’avoir tout notre temps pour lire. Ce roman fait un peu plus de cinq-cents pages et l’intrigue a donc le temps de se mettre en place tout doucement. L’histoire racontée est très belle mais paraît presque trop réaliste, parfois on a envie de se dire que ce n’est pas possible, que c’est trop horrible pour être vrai. La vie d’aucun des personnages n’a été facile, et pourtant l’auteur ne cherche pas à nous choquer : il y a beaucoup de sous entendus que chacun est libre d’interpréter librement.

« Ce qu’elle redoutait le plus, c’étaient ses silences. Les moments où elle avait l’impression qu’il était prêt à parler, et où il se dérobait au dernier moment. Il faisait volte-face. Le profondeur insondable, que ses yeux révélaient parfois, de tout ce qu’il gardait par devers lui. »

On a accès au point de vue de différents personnages et cela apporte beaucoup à l’histoire. Leurs relations sont très approfondies : on les voit se poser des questions les uns par rapport aux autres, sur leur façon de se comporter, la conséquence de leurs actes, leurs responsabilités… Cette histoire nous livre une vision très intéressante de la famille et du vivre ensemble, de la manière dont les actions des autres peuvent être interprétées. On peut se sentir proche de tous les personnages : certains parce qu’on a l‘impression de parfois agir comme eux, d’autres parce qu’on les admire. On apprend à les aimer avec leurs défauts et l’auteur arrive à en faire des portraits très complets qui laissent juste ce qu’il faut de place à l’interprétation.

Mlle Jeanne



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Le liseur du 6h27, de Jean-Paul Didierlaurent

Guylain Vignole, trentenaire vivant seul avec son poisson rouge, travaille dans une usine en banlieue parisienne : le pilon, une broyeuse de livres invendus. Passionné de lecture malgré ce travail qu’il n’a pas choisi, Guylain sauve chaque jour quelques feuillets de la machine. Tous les matins, dans son train de 6h27, il lit aux autres passagers ces feuilles rescapées, extraites de romans comme de livres de cuisine, ou de manuels pratiques. Un jour, il ramasse dans son RER habituel une petite clé USB. Dès le lendemain, c’est une toute autre histoire qu’il va raconter aux voyageurs…

Un ami m’avait conseillé ce roman et j’avais très hâte de le lire. Dès le début, on entre dans un univers assez particulier : l’histoire n’est pas toujours très gaie mais on ne s’ennuie pas une seconde. La première fois que l’usine est décrite, la machine est personnifiée sous la forme d’un monstre. Du coup j’ai presque regretté d’avoir lu la quatrième de couverture : j’aurai préféré me laisser surprendre par l’utilité de cette machine dont on ne sait pratiquement rien. Quand Guylain la décrit sans la nommer, on pourrait croire qu’il s’agit d’une machine dont la fonction est beaucoup plus horrible, et on est presque être soulagé quand on comprend qu’elle ne fait « que » broyer des livres.

« La chose était là, massive et menaçante, posée en plein centre de l’usine. En plus de quinze ans de métier, Guylain n’avait jamais pu se résoudre à l’appeler par son véritable nom, comme si le simple fait de la nommer eut été faire preuve envers elle de reconnaissance, une sorte d’acceptation tacite qu’il ne voulait en aucun cas. »

C’est un livre assez revendicatif, autant pour la condition de travail des ouvriers que contre cette machine, la Zerstor 500, qui détruit de nombreux livres chaque jour. Guylain a des amis assez originaux comme Yvon, un collègue de travail qui ne parle presque qu’en alexandrins et qui est passionné par le théâtre et la poésie, ou Lire la suite

1984, de George Orwell

 

« ils me fusilleront ça m’est égal ils me troueront la nuque cela m’est égal à bas Big Brother ils visent toujours la nuque cela m’est égal A bas Big Brother. »

4 avril 1984 : ce sont les premiers mots qu’inscrit Winston sur son journal. S’en suivent beaucoup d’autres, et peu importe ce qu’il y écrira, puisque le fait d’écrire dans un journal constitue en lui-même un crime. Dans un monde où « la guerre c’est la paix », « la liberté c’est l’esclavage », « l’ignorance c’est la force » et où « Big Brother vous regarde », il est pratiquement impossible de penser différemment, d’avoir quelques secondes à soi ou d’effectuer le moindre geste qui puisse être suspect. Pourtant, Winston est persuadé de ne pas être le seul à vouloir plus de liberté à cause d’un regard échangé, d’un rêve des plus étranges, ou d’attitudes trop parfaites.

« Son attention se concentra de nouveau sur la page. Il s’aperçut que pendant qu’il s’était oublié à méditer, il avait écrit d’une façon automatique. Ce n’était plus la même écriture maladroite et serrée. Sa plume avait glissé voluptueusement sur le papier lisse et avait tracé plusieurs fois, en grandes majuscules nettes, les mots : À BAS BIG BROTHER

(…) La moitié d’une page en était couverte. »

J’avais entendu beaucoup de bien de 1984 quand j’ai commencé ma lecture et je n’ai pas été déçue. Dès le tout début, on a envie de tout comprendre : d’en apprendre plus sur le personnage principal, Winston, de découvrir cet état totalitaire, de savoir comment est-ce que l’histoire finira.

Je ne sais pas si je peux clairement dire que j’ai aimé le personnage principal, Winston. C’est à travers ses yeux qui s’ouvrent petit à petit sur le monde qui l’entoure qu’on découvre le fonctionnement de cette société terrifiante et impressionnante par beaucoup d’aspects. Ce n’est pas pour autant que je me suis particulièrement attachée à ce personnage (et la fin n’y est sans doute pas pour rien…), mais ce n’est absolument pas gênant pour la lecture et j’ai tout de même adoré ce livre. C’est quelqu’un de vraiment très intéressant et on assiste en quelque sorte à sa renaissance car il découvre quelques bonheurs de la vie en même temps que l’atrocité du cercle vicieux dans lequel la société dont il fait partie est plongée.

« – Ne voyez-vous pas que le véritable but du novlangue est de restreindre les limites de la pensée ? A la fin, nous rendrons littéralement impossible le crime par la pensée car il n’y aura plus de mots pour l’exprimer. »

Un des éléments qui m’a le plus plu dans ce roman est l’invention du novlangue. Contrairement aux autres langues, le but du novlangue n’est pas de restreindre son vocabulaire mais de l’agrandir. En effet, la logique est simple : si on n’a plus de mots pour exprimer un crime, comment pourrait-on avoir l’idée de le commettre ? C’est un raisonnement assez déroutant au début, mais qui est pourtant très ingénieux si on suit la logique de pensée de l’Etat.

Cet Etat, dont je n’ai pas beaucoup parlé jusqu’à présent, est représenté par un homme dont on ne sait pas grand chose : Big Brother. Il réécrit sans cesse l’histoire pour avoir systématiquement raison. Le métier de Winston est en effet de réécrire d’anciens articles de journaux si ceux-ci disaient quelque chose qui a été modifié ou qui donne tort à l’Etat, et d’ensuite détruire l’ancien article pour qu’il n’y ait plus aucune preuve. Ainsi, l’Océania, le pays dans lequel vit Winston est continuellement en guerre avec l’Eurasia ou l’Estasia, cela change relativement régulièrement et personne ne s’en rend compte puisque l’état de guerre est devenu une habitude et que l’ennemi est finalement un détail.

La fin de l’histoire est à la fois géniale et horrible. Je crois que c’est la première fois que j’aurais préféré que le personnage principal d’un roman meure. C’est bizarre de dire ça, mais oui, je crois que j’aurais vraiment préféré qu’il meure. La fin est impressionnante et je ne dis pas que j’aurais préféré une autre fin, seulement que d’un point de vue moral… la fin est juste horrible. Elle est en parfaite cohésion avec le reste du roman, en y réfléchissant, mais pour moi qui suis toujours restée en mode « et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants », le choc est un peu rude !

Bref, 1984, est un roman qui faut absolument lire, je pense. Ensuite, il existe surement plusieurs « niveaux de lecture » : j’entends par là que je n’ai sans doute pas tout compris tout le temps et que je n’ai pas particulièrement approfondi la réflexion que peut susciter cette lecture, mais dans tous les cas, je l’ai vraiment appréciée. C’est un roman d’anticipation captivant et très intéressant qui nous montre un totalitarisme poussé à l’extrême.

L’avez-vous lu ? Qu’en avez-vous pensé ?

Mlle Jeanne



Je volais je le jure, de Didier Pobel

Résumé de l’éditeur : Un matin, au sortir d’un rêve agité, Grégoire se retrouve transformé en oiseau. Pas facile de prendre ses aises là-haut quand on était, l’instant d’avant, un simple lycéen de 17 ans. Mais quel exaltant sentiment de liberté lorsque, sur terre, tout n’est que menace et violence ! Récit d’une métamorphose moderne, ce nouveau roman de Didier Pobel est aussi un hymne à tout ce qui donne des ailes. Le sourire d’une petite amie. Un air de guitare. Quelques vers d’un poème. Ou la voix de Jacques Brel qui chante « Je volais je le jure, je jure que je volais (…) Mon cœur ouvrait les bras, je n’étais plus barbare… »

Au début de ma lecture, j’ai été un peu déstabilisée. Je m’attendais à ce qu’il y ait une réelle intrigue, qu’on en sache un peu plus sur cette métamorphose. Par fragments de souvenirs, on commence finalement à comprendre. Et puis petit à petit je me suis laissée portée par l’histoire. Le personnage principal fait une petite pause dans sa vie en prenant de la hauteur et on l’accompagne dans ce voyage si particulier. Didier Pobel fait passer des messages à travers ce livre : il parle de l’actualité vue par un jeune homme de 17 ans et nous offre une nouvelle vision du monde en nous incitant à profiter des petits plaisirs de la vie. Il y a beaucoup de références (jusqu’au titre lui-même !) qui donnent envie d’écouter de la musique, de lire, et de se laisser vivre.

« Les chansons ne sauvent de rien mais sans elles on meurt encore plus vite. »

Le personnage principal, un jeune homme ou un jeune oiseau, on ne sait plus très bien, est plutôt attachant : il est comme un compagnon de voyage qui nous accompagne un moment pour nous aider à voler de nos propres ailes ensuite. Je trouve la couverture magnifique, avec toutes ces nuances de bleu et cette colombe qui apporte un message de paix.

En résumé, Je volais je le jure est un livre où il faut accepter de se laisser emporter direction une très bonne lecture qui a un petit gout de liberté.

Merci beaucoup aux éditions Bulles de Savon pour cet envoi !

Mlle Jeanne



Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates, de Mary Ann Shaffer et Annie Barrows

Après avoir écrit Izzy Bickershaff s’en va-t’en guerre et avoir divertit la population anglaise pendant la seconde guerre mondiale, Juliet Ashton, jeune trentenaire, est en manque d’inspiration pour son nouveau roman. Contactée par Dawsey Adams, un habitant de Guernesey membre du Cercle littéraire des amateurs de tourte aux épluchures de patates et actuel propriétaire d’un livre lui ayant jadis appartenu, Juliet commence à écrire aux autres membres du cercle, intriguée. S’en suit une longue correspondance et de nombreuses surprises !

Ce titre, très original, ne pouvait que présager de bonnes choses, et j’ai tout simplement adoré ce roman. Si au début on ne comprend pas forcément tout, l’histoire se met en place assez rapidement pour finir passionnante et émouvante par moment. La correspondance commence en 1946, la deuxième guerre vient de se terminer et le Royaume-Uni n’a pas été épargné. Juliet correspond avec de nombreuses personnes (mais heureusement pas assez pour qu’on puisse s’y perdre) qu’on apprend à connaître au fil du roman. Si au bout d’un moment on croit tout savoir sur eux, un élément de leur passé ou une relation ambiguë qui s’éclaircit vient bousculer nos certitudes. Les personnages sont tous très recherchés et attachants (ou presque), si bien que Juliet en vient à apprécier une personne qu’elle ne connaît que par les paroles et écrits de ses nouveaux amis !

« Cher Sidney,

N’accorde aucune foi à ce que disent les journaux. Juliet n’a pas été arrêtée et emmenée avec les menottes. Elle a juste été réprimandée par un gendarme de Bradford- qui avait grand mal à garder son sérieux.

Elle a bien jeté une théière à la tête de Gilly Gilbert, mais il ment lorsqu’il prétend qu’elle l’a ébouillanté : le thé était froid. »

A travers le cercle littéraire de Guernsey, on découvre aussi une nouvelle façon de voir la lecture : Juliet reçoit des lettres de membres qui n’ont lu qu’un livre de Lire la suite