Radieuse Aurore, de Jack London

Elam Harnish, surnommé Radieuse Aurore, est un des meilleurs chercheurs d’or du Klondike. Fort, résistant et courageux jusqu’à l’inconscience, il devient rapidement multi millionnaire après avoir découvert et exploité un filon. Fatigué de sa vie sauvage, Radieuse Aurore décide de revenir à San Francisco pour se lancer dans les affaires avec sa nouvelle fortune. Cette existence jouissive et citadine au sommet de l’échelle sociale le transformera petit à petit en un homme de pouvoir prêt à tout pour l’argent, jusqu’à sa rencontre avec une femme qui remettra tout son mode de vie en question : Dede Mason.

«-  Je vous aime, mais pas assez pour vous épouser, et jamais je ne vous aimerai assez pour vous épouser.

– Comment le savez-vous ? répliqua-t-il.

– Parce que je vous aime de moins en moins. (…) Ne comprenez-vous pas ? J‘aurais épousé de bien meilleur gré l’Elam Harnish fraîchement débarqué du Grand Nord, la première fois que je l’ai vu, il y a longtemps, que l’homme que j’ai en ce moment devant moi. » p.298

Depuis le temps que Yoko me parlait de Radieuse Aurore, son livre préféré, il fallait que je le lise ! Et je n’ai pas été déçue… Au début du roman, le lecteur découvre la vie frugale d’Elam Harnish dans le Klondike, ses grands voyages aux côtés de ses chiens de traîneaux et sa survie dans les territoires hostiles du Grand Nord. Il est décrit comme un surhomme imbattable, surtout au bras de fer, que rien n’arrête, qui enchaine les expéditions même en plein hiver, endurant plus que quiconque et qu’on a crut mort bien des fois. Si son nom est connu et reconnu dans le milieu des chercheurs d’or, il reste à l’écart des américains restés en ville qui ont eu vent de ses exploits sans y accorder plus d’importance. Ainsi, à son arrivée à San Francisco, il découvre un milieu tout nouveau pour lui : celui des affaires, auquel il s’impose progressivement en apprenant de ses erreurs. Petit à petit, il se transforme, s’acclimate, s’enrichit et se fait connaître. Pourtant, cet homme que tout le monde redoute à présent, dont l’aura fait plier les plus téméraires, se met à douter de lui-même et de ce qu’il est devenu au contact d’une seule personne…

« Combien de maisons avez-vous bâties ? Combien d’arbres avez-vous plantés ? Le cultivateur travaille le sol et produit le grain. Il fait quelque chose d’utile à l’homme. » p.264-265

On pourrait penser que Radieuse aurore est un roman d’aventure, mais c’est avant tout une trajectoire qui est décrite. Si j’aimais bien l’histoire jusqu’à l’arrivée d’Elam à San Francisco, elle m’a passionné à partir de Lire la suite

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Quo Vadis ? d’Henryk Sienkiewicz

Rome, au premier siècle après J.-C. Alors que Néron, le dernier empereur de la dynastie Julio-Claudienne, règne sur l’empire romain au gré de ses caprices, le christianisme se propage malgré les interdictions et ne cesse d’acquérir de nouveaux croyants. Lygie, la fille adoptive d’une riche famille patricienne, fait partie de ceux là. Vilnicius en tombe éperdument amoureux dès la première rencontre et n’a, à partir de ce jour, plus qu’une idée en tête : l’épouser. Mais les chrétiens sont persécutés et de nombreuses personnes se mettent en travers de leur amour…

Ce roman a beau faire presque sept cents pages, je l’ai lu très rapidement ! Si on est un peu perdu au début, au milieu de tous ces personnages nouveaux qui évoluent dans un mode de vie très différent du notre, l’intrigue se met en place rapidement et j’avais très hâte de connaître la suite ! Les rebondissements s’enchainent les uns à la suite des autres tout naturellement : impossible d’imaginer au tout début ce qui va se passer ensuite ! Lygie, Vilnicius et Pétrone, l’oncle de ce dernier, sont trois personnages que j’ai eu beaucoup de plaisir à suivre tout au long de l’histoire. Si Pétrone surtout, et Vilnicius un peu, doivent arriver à leur fin en usant de tact et de diplomatie auprès d’un Néron très versatile, Lygie n’a que faire de son opinion et se consacre à sa nouvelle religion à part entière.

J’ai donc trouvé passionnant, en plus de l’intrigue, de découvrir Rome et la culture latine d’une manière très différente de celle présentée en cours. C’est de la fiction donc quelques éléments peuvent être contestés par les historiens (certains pensent pas exemple que ce n’est pas Néron qui a déclenché l’incendie de Rome, contrairement à ce qui est décrit dans le livre) mais Quo Vadis ? donne tout de même une impression assez complète des jeux, de la montée du christianisme, des codes, des traditions et des habitudes de l’époque. Il est intéressant de voir à quel point cette civilisation semblait à la fois si proche et si éloignée de la notre ! Lire la suite

Le portrait de Dorian Gray, d’Oscar Wilde

Basil Hallward est un jeune peintre prometteur qui s’est révélé depuis qu’il a pris comme modèle et muse Dorian Gray, un magnifique jeune homme. Alors que Basil montre son nouveau tableau à Henri, un de ses amis, Dorian Gray survient et ils font connaissance. Si le modèle est en effet d’une beauté saisissante, il est d’une insouciance et d’une naïveté remarquables. Il discute longuement avec Lord Henri, qui est de dix ans son aîné, et ce dernier lui fait part de ses multiples points de vue et théories philosophiques sur la vie. Le conseil qu’il lui donne : profiter de la jeunesse car elle n’est pas éternelle et qu’on a vite fait de la regretter. Dorian Gray fait alors un souhait a priori irréalisable : que le tableau vieillisse à sa place…

« Je suis jaloux du portrait que tu as fait de moi. Pourquoi devrait-il conserver ce que je dois perdre ? Chaque instant qui passe m’enlève à moi quelque chose et, à lui, apporte quelque chose. »

Telles sont les paroles de Dorian Gray quelques minutes seulement après avoir parlé à Lord Henri. Ce n’est que le début de profonds changements dans la personnalité du jeune homme, qui provoqueront son éloignement avec Basil au profit du mode de vie jouissif conseillé par Henri. Tout au long du roman, on voit le comportement et l’attitude de Dorian Lire la suite

L’homme du verger, d’Amanda Coplin

Depuis la mort de sa mère et la disparition de sa sœur, Talmadge vit seul dans une vallée du nord-ouest des Etats-Unis. Son existence solitaire et paisible prend subitement fin par l’arrivée de deux jeunes filles épuisées et affamées dans son verger. Il apprend progressivement à les apprivoiser et découvre alors leur sombre passé…

Ce roman m’a vraiment énormément plu. : il raconte une histoire familiale très dure qui invite à la réflexion et qui m’a particulièrement touchée. Je pense que l’atmosphère de l’histoire a beaucoup joué sur mon ressenti final : elle est très apaisante et on a l’impression d’avoir tout notre temps pour lire. Ce roman fait un peu plus de cinq-cents pages et l’intrigue a donc le temps de se mettre en place tout doucement. L’histoire racontée est très belle mais paraît presque trop réaliste, parfois on a envie de se dire que ce n’est pas possible, que c’est trop horrible pour être vrai. La vie d’aucun des personnages n’a été facile, et pourtant l’auteur ne cherche pas à nous choquer : il y a beaucoup de sous entendus que chacun est libre d’interpréter librement.

« Ce qu’elle redoutait le plus, c’étaient ses silences. Les moments où elle avait l’impression qu’il était prêt à parler, et où il se dérobait au dernier moment. Il faisait volte-face. Le profondeur insondable, que ses yeux révélaient parfois, de tout ce qu’il gardait par devers lui. »

On a accès au point de vue de différents personnages et cela apporte beaucoup à l’histoire. Leurs relations sont très approfondies : on les voit se poser des questions les Lire la suite

Le liseur du 6h27, de Jean-Paul Didierlaurent

Guylain Vignole, trentenaire vivant seul avec son poisson rouge, travaille dans une usine en banlieue parisienne : le pilon, une broyeuse de livres invendus. Passionné de lecture malgré ce travail qu’il n’a pas choisi, Guylain sauve chaque jour quelques feuillets de la machine. Tous les matins, dans son train de 6h27, il lit aux autres passagers ces feuilles rescapées, extraites de romans comme de livres de cuisine, ou de manuels pratiques. Un jour, il ramasse dans son RER habituel une petite clé USB. Dès le lendemain, c’est une toute autre histoire qu’il va raconter aux voyageurs…

Un ami m’avait conseillé ce roman et j’avais très hâte de le lire. Dès le début, on entre dans un univers assez particulier : l’histoire n’est pas toujours très gaie mais on ne s’ennuie pas une seconde. La première fois que l’usine est décrite, la machine est personnifiée sous la forme d’un monstre. Du coup j’ai presque regretté d’avoir lu la quatrième de couverture : j’aurai préféré me laisser surprendre par l’utilité de cette machine dont on ne sait pratiquement rien. Quand Guylain la décrit sans la nommer, on pourrait croire qu’il s’agit d’une machine dont la fonction est beaucoup plus horrible, et on est presque être soulagé quand on comprend qu’elle ne fait « que » broyer des livres.

« La chose était là, massive et menaçante, posée en plein centre de l’usine. En plus de quinze ans de métier, Guylain n’avait jamais pu se résoudre à l’appeler par son véritable nom, comme si le simple fait de la nommer eut été faire preuve envers elle de reconnaissance, une sorte d’acceptation tacite qu’il ne voulait en aucun cas. »

C’est un livre assez revendicatif, autant pour la condition de travail des ouvriers que contre cette machine, la Zerstor 500, qui détruit de nombreux livres chaque jour. Guylain a des amis assez originaux comme Yvon, un collègue de travail qui ne parle presque qu’en alexandrins et qui est passionné par le théâtre et la poésie, ou Lire la suite