Quo Vadis ? d’Henryk Sienkiewicz

Rome, au premier siècle après J.-C. Alors que Néron, le dernier empereur de la dynastie Julio-Claudienne, règne sur l’empire romain au gré de ses caprices, le christianisme se propage malgré les interdictions et ne cesse d’acquérir de nouveaux croyants. Lygie, la fille adoptive d’une riche famille patricienne, fait partie de ceux là. Vilnicius en tombe éperdument amoureux dès la première rencontre et n’a, à partir de ce jour, plus qu’une idée en tête : l’épouser. Mais les chrétiens sont persécutés et de nombreuses personnes se mettent en travers de leur amour…

Ce roman a beau faire presque sept cents pages, je l’ai lu très rapidement ! Si on est un peu perdu au début, au milieu de tous ces personnages nouveaux qui évoluent dans un mode de vie très différent du notre, l’intrigue se met en place rapidement et j’avais très hâte de connaître la suite ! Les rebondissements s’enchainent les uns à la suite des autres tout naturellement : impossible d’imaginer au tout début ce qui va se passer ensuite ! Lygie, Vilnicius et Pétrone, l’oncle de ce dernier, sont trois personnages que j’ai eu beaucoup de plaisir à suivre tout au long de l’histoire. Si Pétrone surtout, et Vilnicius un peu, doivent arriver à leur fin en usant de tact et de diplomatie auprès d’un Néron très versatile, Lygie n’a que faire de son opinion et se consacre à sa nouvelle religion à part entière.

J’ai donc trouvé passionnant, en plus de l’intrigue, de découvrir Rome et la culture latine d’une manière très différente de celle présentée en cours. C’est de la fiction donc quelques éléments peuvent être contestés par les historiens (certains pensent pas exemple que ce n’est pas Néron qui a déclenché l’incendie de Rome, contrairement à ce qui est décrit dans le livre) mais Quo Vadis ? donne tout de même une impression assez complète des jeux, de la montée du christianisme, des codes, des traditions et des habitudes de l’époque. Il est intéressant de voir à quel point cette civilisation semblait à la fois si proche et si éloignée de la notre ! Lire la suite

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Le portrait de Dorian Gray, d’Oscar Wilde

Basil Hallward est un jeune peintre prometteur qui s’est révélé depuis qu’il a pris comme modèle et muse Dorian Gray, un magnifique jeune homme. Alors que Basil montre son nouveau tableau à Henri, un de ses amis, Dorian Gray survient et ils font connaissance. Si le modèle est en effet d’une beauté saisissante, il est d’une insouciance et d’une naïveté remarquables. Il discute longuement avec Lord Henri, qui est de dix ans son aîné, et ce dernier lui fait part de ses multiples points de vue et théories philosophiques sur la vie. Le conseil qu’il lui donne : profiter de la jeunesse car elle n’est pas éternelle et qu’on a vite fait de la regretter. Dorian Gray fait alors un souhait a priori irréalisable : que le tableau vieillisse à sa place…

« Je suis jaloux du portrait que tu as fait de moi. Pourquoi devrait-il conserver ce que je dois perdre ? Chaque instant qui passe m’enlève à moi quelque chose et, à lui, apporte quelque chose. »

Telles sont les paroles de Dorian Gray quelques minutes seulement après avoir parlé à Lord Henri. Ce n’est que le début de profonds changements dans la personnalité du jeune homme, qui provoqueront son éloignement avec Basil au profit du mode de vie jouissif conseillé par Henri. Tout au long du roman, on voit le comportement et l’attitude de Dorian Lire la suite

L’homme du verger, d’Amanda Coplin

Depuis la mort de sa mère et la disparition de sa sœur, Talmadge vit seul dans une vallée du nord-ouest des Etats-Unis. Son existence solitaire et paisible prend subitement fin par l’arrivée de deux jeunes filles épuisées et affamées dans son verger. Il apprend progressivement à les apprivoiser et découvre alors leur sombre passé…

Ce roman m’a vraiment énormément plu. : il raconte une histoire familiale très dure qui invite à la réflexion et qui m’a particulièrement touchée. Je pense que l’atmosphère de l’histoire a beaucoup joué sur mon ressenti final : elle est très apaisante et on a l’impression d’avoir tout notre temps pour lire. Ce roman fait un peu plus de cinq-cents pages et l’intrigue a donc le temps de se mettre en place tout doucement. L’histoire racontée est très belle mais paraît presque trop réaliste, parfois on a envie de se dire que ce n’est pas possible, que c’est trop horrible pour être vrai. La vie d’aucun des personnages n’a été facile, et pourtant l’auteur ne cherche pas à nous choquer : il y a beaucoup de sous entendus que chacun est libre d’interpréter librement.

« Ce qu’elle redoutait le plus, c’étaient ses silences. Les moments où elle avait l’impression qu’il était prêt à parler, et où il se dérobait au dernier moment. Il faisait volte-face. Le profondeur insondable, que ses yeux révélaient parfois, de tout ce qu’il gardait par devers lui. »

On a accès au point de vue de différents personnages et cela apporte beaucoup à l’histoire. Leurs relations sont très approfondies : on les voit se poser des questions les Lire la suite

Le liseur du 6h27, de Jean-Paul Didierlaurent

Guylain Vignole, trentenaire vivant seul avec son poisson rouge, travaille dans une usine en banlieue parisienne : le pilon, une broyeuse de livres invendus. Passionné de lecture malgré ce travail qu’il n’a pas choisi, Guylain sauve chaque jour quelques feuillets de la machine. Tous les matins, dans son train de 6h27, il lit aux autres passagers ces feuilles rescapées, extraites de romans comme de livres de cuisine, ou de manuels pratiques. Un jour, il ramasse dans son RER habituel une petite clé USB. Dès le lendemain, c’est une toute autre histoire qu’il va raconter aux voyageurs…

Un ami m’avait conseillé ce roman et j’avais très hâte de le lire. Dès le début, on entre dans un univers assez particulier : l’histoire n’est pas toujours très gaie mais on ne s’ennuie pas une seconde. La première fois que l’usine est décrite, la machine est personnifiée sous la forme d’un monstre. Du coup j’ai presque regretté d’avoir lu la quatrième de couverture : j’aurai préféré me laisser surprendre par l’utilité de cette machine dont on ne sait pratiquement rien. Quand Guylain la décrit sans la nommer, on pourrait croire qu’il s’agit d’une machine dont la fonction est beaucoup plus horrible, et on est presque être soulagé quand on comprend qu’elle ne fait « que » broyer des livres.

« La chose était là, massive et menaçante, posée en plein centre de l’usine. En plus de quinze ans de métier, Guylain n’avait jamais pu se résoudre à l’appeler par son véritable nom, comme si le simple fait de la nommer eut été faire preuve envers elle de reconnaissance, une sorte d’acceptation tacite qu’il ne voulait en aucun cas. »

C’est un livre assez revendicatif, autant pour la condition de travail des ouvriers que contre cette machine, la Zerstor 500, qui détruit de nombreux livres chaque jour. Guylain a des amis assez originaux comme Yvon, un collègue de travail qui ne parle presque qu’en alexandrins et qui est passionné par le théâtre et la poésie, ou Lire la suite

1984, de George Orwell

 

« ils me fusilleront ça m’est égal ils me troueront la nuque cela m’est égal à bas Big Brother ils visent toujours la nuque cela m’est égal A bas Big Brother. »

4 avril 1984 : ce sont les premiers mots qu’inscrit Winston sur son journal. S’en suivent beaucoup d’autres, et peu importe ce qu’il y écrira, puisque le fait d’écrire dans un journal constitue en lui-même un crime. Dans un monde où « la guerre c’est la paix », « la liberté c’est l’esclavage », « l’ignorance c’est la force » et où « Big Brother vous regarde », il est pratiquement impossible de penser différemment, d’avoir quelques secondes à soi ou d’effectuer le moindre geste qui puisse être suspect. Pourtant, Winston est persuadé de ne pas être le seul à vouloir plus de liberté à cause d’un regard échangé, d’un rêve des plus étranges, ou d’attitudes trop parfaites.

« Son attention se concentra de nouveau sur la page. Il s’aperçut que pendant qu’il s’était oublié à méditer, il avait écrit d’une façon automatique. Ce n’était plus la même écriture maladroite et serrée. Sa plume avait glissé voluptueusement sur le papier lisse et avait tracé plusieurs fois, en grandes majuscules nettes, les mots : À BAS BIG BROTHER

(…) La moitié d’une page en était couverte. »

J’avais entendu beaucoup de bien de 1984 quand j’ai commencé ma lecture et je n’ai pas été déçue. Dès le tout début, on a envie de tout comprendre : d’en apprendre plus sur le personnage principal, Winston, de découvrir cet état totalitaire, de savoir comment est-ce que l’histoire finira.

Je ne sais pas si je peux clairement dire que j’ai aimé le personnage principal, Winston. C’est à travers ses yeux qui s’ouvrent petit à petit sur le monde qui l’entoure qu’on découvre le fonctionnement de cette société terrifiante et impressionnante par beaucoup d’aspects. Ce n’est pas pour autant que je me suis particulièrement attachée à ce personnage (et la fin n’y est sans doute pas pour rien…), mais ce n’est absolument pas gênant pour la lecture et j’ai tout de même adoré ce livre. C’est quelqu’un de vraiment très intéressant et on assiste en quelque sorte à sa renaissance car il découvre quelques bonheurs de la vie en même temps que l’atrocité du cercle vicieux dans lequel la société dont il fait partie est plongée.

« – Ne voyez-vous pas que le véritable but du novlangue est de restreindre les limites de la pensée ? A la fin, nous rendrons littéralement impossible le crime par la pensée car il n’y aura plus de mots pour l’exprimer. »

Un des éléments qui m’a le plus plu dans ce roman est l’invention du novlangue. Contrairement aux autres langues, le but du novlangue n’est pas de restreindre son vocabulaire mais de l’agrandir. En effet, la logique est simple : si on n’a plus de mots pour exprimer un crime, comment pourrait-on avoir l’idée de le commettre ? C’est un raisonnement assez déroutant au début, mais qui est pourtant très ingénieux si on suit la logique de pensée de l’Etat.

Cet Etat, dont je n’ai pas beaucoup parlé jusqu’à présent, est représenté par un homme dont on ne sait pas grand chose : Big Brother. Il réécrit sans cesse l’histoire pour avoir systématiquement raison. Le métier de Winston est en effet de réécrire d’anciens articles de journaux si ceux-ci disaient quelque chose qui a été modifié ou qui donne tort à l’Etat, et d’ensuite détruire l’ancien article pour qu’il n’y ait plus aucune preuve. Ainsi, l’Océania, le pays dans lequel vit Winston est continuellement en guerre avec l’Eurasia ou l’Estasia, cela change relativement régulièrement et personne ne s’en rend compte puisque l’état de guerre est devenu une habitude et que l’ennemi est finalement un détail.

La fin de l’histoire est à la fois géniale et horrible. Je crois que c’est la première fois que j’aurais préféré que le personnage principal d’un roman meure. C’est bizarre de dire ça, mais oui, je crois que j’aurais vraiment préféré qu’il meure. La fin est impressionnante et je ne dis pas que j’aurais préféré une autre fin, seulement que d’un point de vue moral… la fin est juste horrible. Elle est en parfaite cohésion avec le reste du roman, en y réfléchissant, mais pour moi qui suis toujours restée en mode « et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants », le choc est un peu rude !

Bref, 1984, est un roman qui faut absolument lire, je pense. Ensuite, il existe surement plusieurs « niveaux de lecture » : j’entends par là que je n’ai sans doute pas tout compris tout le temps et que je n’ai pas particulièrement approfondi la réflexion que peut susciter cette lecture, mais dans tous les cas, je l’ai vraiment appréciée. C’est un roman d’anticipation captivant et très intéressant qui nous montre un totalitarisme poussé à l’extrême.

L’avez-vous lu ? Qu’en avez-vous pensé ?

Mlle Jeanne