Titus n’aimait pas Bérénice, de Nathalie Azoulai

Avant d’être auteur tragique, Racine est orphelin, excellent élève en traduction antique à l’école de Port Royal et un habitué des salons d’artistes une fois installé à Paris. Contemporain de célèbres poètes, il est le concurrent de Corneille, l’ami puis le rival de Molière, et surtout un courtisan comme les autres à la cour de Louis XIV. Cette histoire, enterrée depuis bientôt quatre siècles, s’inscrit dans celle d’une jeune femme délaissée, une Bérénice moderne en quête de consolation qui se lancera sur les traces de Racine pour comprendre son Titus.

Je ne connaissais presque rien de la vie de Racine avant cette lecture et j’ai donc beaucoup apprécié m’immerger dans le siècle du roi Soleil d’une tout nouvelle manière. Nathalie Azoulai s’est intéressée au processus d’écriture de Racine en rapprochant son histoire personnelle à ses écrits et c’est une démarche passionnante ! En effet, une fois que l’on sait que Racine connaissait les pièces latines et grecques par cœur, ses réinterprétations prennent beaucoup plus de sens…

Les chapitres au XVIIe siècle s’alternent avec ceux au XXIe, et le parallèle avec l’histoire contemporaine est plutôt réussi et progressif. La jeune femme est simplement désignée par le pronom « elle » au début, qui se transforme petit à petit en « Bérénice ». Cette désignation, augmenté d’un mystère et d’explications très sommaires, banalise ce chagrin d’amour personnel et le généralise à qui veut bien s’y identifier. Ainsi, l’histoire de Bérénice est réactualisée : le personnage principal, pour combler le vide laissé par son amant, se renseigne avec ardeur sur Racine et s’intéresse à sa vie, ce qui montre que tout le monde peut être touché par des personnages dont le destin a été tracé quelques siècles plus tôt. Après ce roman, j’ai poursuivi ma lecture avec le personnage de la pièce de Racine éponyme, donc le pari de donner envie de lire ses pièces est réussi !

Le roman est donc captivant et vivant, bien que l’histoire de la Bérénice moderne reste un peu trop elliptique à mon goût. Néanmoins, j’ai trouvé certains passages un peu lourds et presque maladroits.

« Qu’est-ce qu’une vie ? se demande-t-il. Un chapelet de scènes éparses et accidentelles ? Ou un tracé sinueux mais toujours guidé par une volonté unique, infaillible, plus puissante que les changements de décors ? Il ne saurait dire. »

J’ai sans doute mal interprété ce passage par exemple, mais je ne peux pas m’empêcher de trouver un peu présomptueux de supposer ce que Racine pouvait penser de la vie. Dans le reste du roman, Racine est bien souvent nommé par son prénom, mais cette familiarité permet au contraire de se rapprocher d’un personnage un peu intimidant au début.

En bref, Titus n’aimait pas Bérénice est un roman très intéressant qui permet de découvrir la vie de Racine par le billet d’une fiction romancée, mais c’est aussi une modernisation de ses pièces qui donne envie de se replonger dans la lecture de Bérénice par exemple…

L’avez-vous lu ? Qu’en avez-vous pensé ?

Mlle Jeanne



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Le soleil des Scorta, de Laurent Gaudé

Tout commence avec le retour de Luciano Mascalzone, qui en quinze ans ne reconnaît plus son amour de jeunesse, de cette erreur toute simple venue d’un désir de vengeance. Tout commence avec son retour, ou peut-être bien après, avec l’enfant laissé derrière lui. Rocco, Domenico, Giuseppe, Carmela et les autres, tout se revendiqueront des Scorta après lui. Mis à l’écart, rejetés, isolés, de ce nom maudit ils feront une fierté d’années en années.

« La chaleur du soleil semblait fendre la terre. Pas un souffle de vent ne faisait frémir les oliviers. Tout était immobile. (…) Il était deux heures de l’après-midi, et la terre était condamnée à brûler. »

Si je ne savais pas trop à quoi m’attendre en commençant ma lecture, les toutes premières phrases annoncent la couleur, l’ambiance pesante et douce du Sud de l’Italie. On commence l’histoire aux côtés de Luciano Mascalzone et on l’achève quelques générations plus tard, des personnages tous plus attachants les uns que les autres en mémoire. Les Scorta ne sont pas gentils, bons et généreux par nature, de par la naissance de leur lignée ils vivent à part de la communauté. Ce sont tout sauf des héros parfaits, des protagonistes irréprochables, des croyants dévoués, ce sont les Scorta et ça veut tout dire. Du rejet, ils inspirent le respect et de la misère ils passent au bonheur. Des secrets, ils en ont, et pas qu’un peu, de « l’argent de New York » aux non-dits et c’est ce que s’apprête à révéler Carmela pour ne rien oublier.

J’ai commencé à lire, et les chapitres se sont enchainés, les destins se sont entremêlés, les générations se sont succédées… en une journée. Oui, c’est sans soute un peu trop rapide (mais y a-t-il une meilleure raison pour le relire ?) mais c’est pour dire à quel point l’histoire m’a captivée ! Si dès les touts premiers mots on pénètre dans l’histoire pour ne plus en ressortir, l’ambiance si particulière du roman donne l’impression que tous les événements s’enchainent les uns après les autres tout naturellement et on a vraiment l’impression de vivre avec cette famille pendant quelques heures privilégiées. Les personnages sont tous très complexes à leur manière, rempli de sentiments contradictoires, liés les uns aux autres bien plus qu’on ne pourrait le croire.

«Je m’étais juré d’être une sœur. De n’être que cela. (…) Lorsque nous étions ensemble, nous pouvions manger le monde. Je pensais que cela allait continuer ainsi, jusqu’à la fin. Je me suis menti. La vie a continué et le temps s’est chargé de tout changer, imperceptiblement. Il a fait de moi une mère. »

En bref, Le soleil des Scorta est une magnifique et inoubliable épopée familiale, un roman à lire absolument autant pour découvrir les Pouilles du XXe siècle aux côtés de personnages hors du commun que pour se plonger dans une ambiance dont il est dur de ressortir !

L’avez-vous lu ? Qu’en avez-vous pensé ?

Mlle Jeanne



Radieuse Aurore, de Jack London

Elam Harnish, surnommé Radieuse Aurore, est un des meilleurs chercheurs d’or du Klondike. Fort, résistant et courageux jusqu’à l’inconscience, il devient rapidement multi millionnaire après avoir découvert et exploité un filon. Fatigué de sa vie sauvage, Radieuse Aurore décide de revenir à San Francisco pour se lancer dans les affaires avec sa nouvelle fortune. Cette existence jouissive et citadine au sommet de l’échelle sociale le transformera petit à petit en un homme de pouvoir prêt à tout pour l’argent, jusqu’à sa rencontre avec une femme qui remettra tout son mode de vie en question : Dede Mason.

«-  Je vous aime, mais pas assez pour vous épouser, et jamais je ne vous aimerai assez pour vous épouser.

– Comment le savez-vous ? répliqua-t-il.

– Parce que je vous aime de moins en moins. (…) Ne comprenez-vous pas ? J‘aurais épousé de bien meilleur gré l’Elam Harnish fraîchement débarqué du Grand Nord, la première fois que je l’ai vu, il y a longtemps, que l’homme que j’ai en ce moment devant moi. » p.298

Depuis le temps que Yoko me parlait de Radieuse Aurore, son livre préféré, il fallait que je le lise ! Et je n’ai pas été déçue… Au début du roman, le lecteur découvre la vie frugale d’Elam Harnish dans le Klondike, ses grands voyages aux côtés de ses chiens de traîneaux et sa survie dans les territoires hostiles du Grand Nord. Il est décrit comme un surhomme imbattable, surtout au bras de fer, que rien n’arrête, qui enchaine les expéditions même en plein hiver, endurant plus que quiconque et qu’on a crut mort bien des fois. Si son nom est connu et reconnu dans le milieu des chercheurs d’or, il reste à l’écart des américains restés en ville qui ont eu vent de ses exploits sans y accorder plus d’importance. Ainsi, à son arrivée à San Francisco, il découvre un milieu tout nouveau pour lui : celui des affaires, auquel il s’impose progressivement en apprenant de ses erreurs. Petit à petit, il se transforme, s’acclimate, s’enrichit et se fait connaître. Pourtant, cet homme que tout le monde redoute à présent, dont l’aura fait plier les plus téméraires, se met à douter de lui-même et de ce qu’il est devenu au contact d’une seule personne…

« Combien de maisons avez-vous bâties ? Combien d’arbres avez-vous plantés ? Le cultivateur travaille le sol et produit le grain. Il fait quelque chose d’utile à l’homme. » p.264-265

On pourrait penser que Radieuse aurore est un roman d’aventure, mais c’est avant tout une trajectoire qui est décrite. Si j’aimais bien l’histoire jusqu’à l’arrivée d’Elam à San Francisco, elle m’a passionné à partir de Lire la suite

Quo Vadis ? d’Henryk Sienkiewicz

Rome, au premier siècle après J.-C. Alors que Néron, le dernier empereur de la dynastie Julio-Claudienne, règne sur l’empire romain au gré de ses caprices, le christianisme se propage malgré les interdictions et ne cesse d’acquérir de nouveaux croyants. Lygie, la fille adoptive d’une riche famille patricienne, fait partie de ceux là. Vilnicius en tombe éperdument amoureux dès la première rencontre et n’a, à partir de ce jour, plus qu’une idée en tête : l’épouser. Mais les chrétiens sont persécutés et de nombreuses personnes se mettent en travers de leur amour…

Ce roman a beau faire presque sept cents pages, je l’ai lu très rapidement ! Si on est un peu perdu au début, au milieu de tous ces personnages nouveaux qui évoluent dans un mode de vie très différent du notre, l’intrigue se met en place rapidement et j’avais très hâte de connaître la suite ! Les rebondissements s’enchainent les uns à la suite des autres tout naturellement : impossible d’imaginer au tout début ce qui va se passer ensuite ! Lygie, Vilnicius et Pétrone, l’oncle de ce dernier, sont trois personnages que j’ai eu beaucoup de plaisir à suivre tout au long de l’histoire. Si Pétrone surtout, et Vilnicius un peu, doivent arriver à leur fin en usant de tact et de diplomatie auprès d’un Néron très versatile, Lygie n’a que faire de son opinion et se consacre à sa nouvelle religion à part entière.

J’ai donc trouvé passionnant, en plus de l’intrigue, de découvrir Rome et la culture latine d’une manière très différente de celle présentée en cours. C’est de la fiction donc quelques éléments peuvent être contestés par les historiens (certains pensent pas exemple que ce n’est pas Néron qui a déclenché l’incendie de Rome, contrairement à ce qui est décrit dans le livre) mais Quo Vadis ? donne tout de même une impression assez complète des jeux, de la montée du christianisme, des codes, des traditions et des habitudes de l’époque. Il est intéressant de voir à quel point cette civilisation semblait à la fois si proche et si éloignée de la notre ! Lire la suite

Le portrait de Dorian Gray, d’Oscar Wilde

Basil Hallward est un jeune peintre prometteur qui s’est révélé depuis qu’il a pris comme modèle et muse Dorian Gray, un magnifique jeune homme. Alors que Basil montre son nouveau tableau à Henri, un de ses amis, Dorian Gray survient et ils font connaissance. Si le modèle est en effet d’une beauté saisissante, il est d’une insouciance et d’une naïveté remarquables. Il discute longuement avec Lord Henri, qui est de dix ans son aîné, et ce dernier lui fait part de ses multiples points de vue et théories philosophiques sur la vie. Le conseil qu’il lui donne : profiter de la jeunesse car elle n’est pas éternelle et qu’on a vite fait de la regretter. Dorian Gray fait alors un souhait a priori irréalisable : que le tableau vieillisse à sa place…

« Je suis jaloux du portrait que tu as fait de moi. Pourquoi devrait-il conserver ce que je dois perdre ? Chaque instant qui passe m’enlève à moi quelque chose et, à lui, apporte quelque chose. »

Telles sont les paroles de Dorian Gray quelques minutes seulement après avoir parlé à Lord Henri. Ce n’est que le début de profonds changements dans la personnalité du jeune homme, qui provoqueront son éloignement avec Basil au profit du mode de vie jouissif conseillé par Henri. Tout au long du roman, on voit le comportement et l’attitude de Dorian Lire la suite