Vingt mille lieux sous les mers, de Jules Verne

Un gigantesque animal marin sillonne les mers du globe en effrayant les navigateurs et en causant des dégâts sur leurs bateaux. Le professeur Aronnax, expert en histoire naturelle et auteur des deux très célèbres livres « Les mystères des grands fonds sous-marins », est invité à bord de l’expédition chargée de capturer la bête. Alors que, découragés, ils voient enfin la créature sous-marine, celle-ci attaque le navire. Seuls rescapés du naufrage, le professeur Aronnax, son fidèle serviteur Conseil et Ned Land, un harponneur Canadien, trouvent refuge à bord de la créature… qui n’est autre qu’un gigantesque sous-marin, Le Nautilus !

Pour ceux qui n’ont pas encore lu le livre, attention, la fin sera plus ou moins dévoilée en fin d’article.

Mais commençons déjà par le début : à bord du Nautilus, les trois compagnons rencontrent le capitaine Nemo, qui leur promet de leur faire découvrir les mers et océans sous un nouvel angle en échange de leur liberté. On découvre donc le milieu sous-marin avec le professeur Aronnax, aussi bien vêtu de scaphandre pour une chasse aux poissons, qu’avec une attaque de Krakens ou la découverte d’Atlantide. L’histoire est d’autant plus originale que Jules Verne décrit le Nautilus comme un sous-marin beaucoup plus avancé technologiquement que tout ce qui existait alors. Bref, tout le roman est passionnant, les personnages vont d’étapes en étapes, toutes plus impressionnantes les unes que les autres… mais il y a tout de même quelques longueurs qui rendent l’histoire plus monotone et lui font perdre un peu de rythme.

Néanmoins, si je continuais ma lecture, c’était principalement pour savoir qui était le capitaine Nemo, un personnage dont on ne sait pas grand chose, misanthrope, dont la famille semble avoir été assassinée et qui parle de vengeance tout en étant dégouté par les humains et leur cruauté. J’ai donc été terriblement déçue par la fin du livre. Tout au long du roman, j’avais l’impression que Jules Verne laissait des indices.

Pourquoi le capitaine Nemo vit-il à l’écart des hommes ? Qui est-il ? Pourquoi enferme t-il ses trois invités-otages pendant un temps indéterminé à un moment de l’histoire ? Pourquoi un de ses hommes revient-il gravement blessé (et finalement mort) à bord du Nautilus ? Quelle langue parle-t-il avec son équipage ?

Autant de questions restées sans réponses…

Michel Strogoff et Le tour du monde en quatre-vingt jours (les deux autres romans de Jules Verne que j’ai lus) sont également passionnants, mais leur fin est géniale ! Alors… pourquoi cette fin dans Vingt-Mille lieux sous les mers ?

Mon avis sur cette lecture est un peu mélangé : en énumérant ces questions, je me rends compte à quel point les pistes laissées sont/auraient pu être passionnantes, les personnages sont complexes, l’histoire est très originale… et il y a finalement cette fin qui me déçoit.

Si vous l’avez déjà lu, je serais très heureuse de connaître votre avis et de pouvoir en discuter !

Mlle Jeanne



 

Le cycle d’Ender T2 : La voix des morts, d’Orson Scott Card


3 000 ans après le tome 1, nous retrouvons Ender, devenu porte parole des morts, voyageant de planètes en planètes avec sa soeur Valentine et évitant ainsi de vieillir. Bien des années après l’extermination des Doryphores, une nouvelle communauté extra-terrestre a été découverte sur Luisitania : les piggies. Afin de ne pas faire la même erreur qu’avec les doryphores, des xénologues sont chargés d’apprendre à connaitre cette nouvelle espèce pour l’instant tenue à l’écart des hommes. Lorsque Pipo, un xénologue chargé de l’étude des Piggies est tué par ses derniers, Ender est appelé sur Luisitania pour parler de sa mort et faire éclater la vérité.

La voix des morts donne un tout autre aperçu du premier tome : Ender n’est plus acclamé pour avoir tué les doryphores mais considéré comme un monstre. Personne ne se doute à part Valentine et Jane, une sorte d’intelligence artificielle reliée à Ender (désolée si ce n’est pas très clair, c’est beaucoup mieux expliqué dans le livre ;)) que derrière le porte parole des morts, Andrew Wiggin, un homme sage et bon, se cache Ender le Xénocide.

Dans le premier tome, Ender est un enfant déjà assez mature pour son âge; il est maintenant un jeune homme d’une trentaine d’années d’une grande sagesse qui vit en fait depuis trois mille ans (pour remédier à la longueur des voyages dans l’espace, plusieurs années s’écoulent dans le monde extérieur, alors que l’individu qui voyage ne vieillit que de quelques semaines…). On retrouve néanmoins le même personnage, décidé à se racheter et à trouver une planète pour faire vivre la reine des doryphores, dont il a récupéré le cocon plusieurs milliers d’années plus tôt.

Si le premier tome était presque uniquement centré sur Ender, Valentine et Peter, on découvre dans ce roman de nombreux autres personnages aux personnalités très fortes et complexes. Dès le début, on découvre la vie de Pipo et des Piggies qu’il est chargé d’examiner. Son travail, très intéressant, se résume à observer les Piggies, discuter avec eux en leur parlant le moins possible des humains pour ne pas altérer leur mode de vie. Cette étude sert en fait à répondre à une grande question: les Piggies peuvent ils être considéré comme une espèce douée d’intelligence, égale à l’Homme, ou comme des « animaux » (un vocabulaire particulier et plus approprié est utilisé dans le livre) ? En effet, Pipo est tué par les Piggies après avoir fait une découverte les concernant dont il n’a parlé à personne : faut-il considérer cela comme un crime ou comme une « tradition » que les humains ne comprendraient pas (autrement dit, jusqu’où Pipo n’a t-il pas enfreint des règles Piggies inconnues aux humains) ? Bref, plein de questions complexes que je trouve passionnantes.

On peut donc un peu considérer ce livre comme un Lire la suite

La couleur des sentiments de Kathryn Stockett

En 1963, Skeeter Phelan rentre chez elle après avoir obtenu son diplôme. A son arrivée, Constantine, la bonne de la famille qui l’a élevée est partie et ses parents refusent de lui donner l’explication de son départ. Skeeter, jeune femme moderne, s’occupe d’articles de conseils ménagers dans un journal. Révoltée par la condition des Noirs dans sa ville, elle décide d’écrire secrètement un roman en recueillant des témoignages de bonnes Noires qui ont passé leur vie à élever les enfants des Blancs.

« J’ai envie de crier assez fort pour que Baby Girl m’entende, de crier que sale, c’est pas une couleur, que les maladies, c’est pas les Noirs. Je voudrais empêcher que le moment arrive –comme il arrive dans la vie de tout enfant blanc- où elle va se mettre à penser que les Noirs c’est moins bien que les Blancs. »

Au retour de ses études, Skeeter revient changée : elle voit différemment le monde qui l’entoure. Elle comprend que la condition des Noirs n’est pas normale et qu’il faut que les choses changent. La comparaison à ses anciennes amies est flagrante, elles ont, par exemple, des toilettes séparées pour leur bonne et elles trouvent ça normal. Ça montre bien la mentalité de l’époque et l’important changement qu’il y a eu depuis. Tout au long de l’histoire, on découvre des personnages complexes et émouvants. Je me suis tout de suite attachée à Skeeter : elle est travailleuse et décidé. Les deux autres narratrices, Minny et Aibileen, des bonnes Noires, donnent un point de vue différent à l’histoire. Elles ont des caractères assez marqués qui se complètent et qui donnent un peu de piment au récit. Elles élèvent les enfants des Blancs, et pourtant, ce sont eux qui, des années plus tard, deviennent leur patron à leur tour.

J’ai beaucoup aimé la fin de l’histoire Elle nous laisse imaginer ce qu’on veut pour la suite tout en étant claire et cohérente. Ce roman est très bien écrit et j’étais transportée dans l’histoire. Il est bien sur romancé, mais il donne un Lire la suite

Au bonheur des ogres, de Daniel Pennac

Benjamin Malaussène est bouc émissaire (mais employé sous le nom de contrôleur technique) dans un grand magasin. Alors qu’il est appelé au Bureau des réclamations pour se faire réprimander, une bombe explose cinq minutes après son passage au rayon des jouets. Plus tard, une deuxième bombe explose sous ses yeux alors qu’il aide une journaliste à ne pas se faire arrêter pour vol. Alors, forcément, tout le monde le soupçonne !

J’ai beaucoup aimé Au bonheur des Ogres ; les personnages sont tous très approfondis et intéressants. Le personnage de Thérèse, l’une des demi-sœurs de Benjamin, m’a particulièrement plu, même si je ne comprenais pas tout à ses prédictions. L’univers du livre est très particulier, mais une fois qu’on est entré dedans, il a un côté merveilleux et farfelu. Plusieurs histoires parallèles se croisent (la famille, le travail, les attentats) et cela enrichit beaucoup l’histoire.

Au début du livre, le métier de Benjamin m’intriguait. Cela peut paraître un peu irréaliste, mais on comprend vite l’utilité de cet emploi pour le magasin ! Lire la suite

2084 : La fin du monde, de Boualem Sansal

Bonjour à tous !

On se retrouve aujourd’hui avec mon avis sur un roman que j’ai dû lire pour un cours de philo sur la religion. J’ai été très surprise par ma lecture, que j’ai beaucoup appréciée. A l’origine cet article était une fiche de lecture, c’est pour cela que le fond comme la forme diffèrent un peu de d’habitude !

2084

Ati, un homme atteint de tuberculose, tente de survivre dans un sanatorium à l’écart des villes abistanaises. Isolé par cette solitude forcée, il en vient à penser par lui-même pendant les moments laissés libres par les sept prières quotidiennes. Mais réfléchir dans son coin, c’est déjà user de sa liberté et donc s’opposer aux lois édictées par Abi, le délégué de Yölah, le dieu de l’Abistan. Le voilà mécréant par la pensée… Enfin guéri, il doit partir du sanatorium et retrouver sa vie d’avant. Mais réussira-t-il à s’intégrer alors que son regard a changé ? Sa soif de vérité pourra-t-elle être réprimée ?

Les entêtes de chapitres sont la première chose qui m’a surprise en commençant ce livre. Ils ne se contentent pas de résumer ce qu’il va s’y passer mais permettent également à l’auteur d’insister sur ce qu’il a voulu montrer, et j’ai beaucoup apprécié cette présentation atypique et très intéressante. De plus, j’ai trouvé que ce roman était extrêmement bien écrit, usant d’une langue belle et ciselée, très travaillée. Dans un roman où la langue et ses usages ont autant d’importance, l’auteur manie avec précaution les mots et semble s’être attardé sur la manière dont il dit les choses. Ainsi l’histoire, sans s’appuyer sur un très grand nombre d’action, n’est jamais ennuyeuse. On suit le résonnement de l’auteur progressivement : il nous présente des anecdotes en lien avec son propos et utilise beaucoup de points de vue extérieurs : il relaie auprès du lecteur des rumeurs, livre la pensée du peuple abistanais au moment où les héros agissent, etc. La construction du roman est ainsi extrêmement intéressante et réussie !

Le cheminement d’Ati m’a paru d’autant plus intéressant qu’il est issu d’un milieu assez pauvre : sa rébellion, la libération de sa pensée ne sont donc pas celles d’une personne particulièrement cultivée mais celles d’un homme banal, toutefois suffisamment intelligent et courageux pour se poser les bonnes questions. En effet la distinction riche/pauvre m’a semblée très importante dans la démarche de Boualemt Sansal : à plusieurs reprises on comprend que les pauvres et les riches abistanais n’ont pas le même accès à la santé ni à la technologie. Cette ségrégation de la population peut être mise en relation avec la situation actuelle dans certains pays en développement (dits émergents), ce qui était peut-être le but de l’auteur. De la même manière le personnage de Toz m’a paru être essentiel au récit car il permet de montrer une autre forme de révolte que celle d’Ati (et de Koa son ami) celle d’un homme riche et cultivé cette fois. L’auteur oppose ainsi l’idéalisme teinté de naïveté d’Ati et de Koa au réalisme assez pessimiste de Toz. Lire la suite