La vie comme elle vient, d’Anne-Laure Bondoux

Mado et Patty sont deux sœurs que tout oppose et qui ne se supportent pas. Pourtant, à la mort de leur parent dans un accident de voiture, Patti demande la tutelle de sa cadette, et elles sont bien obligées d’apprendre à vivre ensemble et à se consoler à tour de rôle. Au moindre faux pas, Mado est placée dans un foyer jusqu’à sa majorité, or elles n’ont désormais plus qu’une envie : rester ensemble. Plus de huit mois après l’accident, c’est le brevet, les grandes vacances, juillet à Paris, puis enfin août à la campagne, rien que toutes les deux pour la première fois. Toutes les deux, ou presque… car Patty est enceinte et ce n’est pas le dernier de ses mensonges.

En commençant ma lecture j’avais quelques a priori : 1) C’est écrit par Anne-Laure Bondoux, génial !!! 2) Bon ça a l’air un peu cliché quand même… Les deux se sont confirmés : j’ai adoré, et oui c’est cliché ! L’histoire initiale l’est en tous cas : les parents meurent, les sœurs sont radicalement différentes mais s’aiment quand même, l’une très forte en classe et timide, très responsable, l’autre serveuse dans un bar, inconsciente, adore le verni à ongles, et pour couronner le tout un bébé annonce sa venue au monde trop tard pour l’avortement. Bref, la liste est longue parce que quand on y réfléchit deux secondes rien n’est vraisemblable, rien n’arriverait dans la vraie vie… et pourtant le titre est bien La vie comme elle vient. Et ça explique peut-être tout : l’enchainement des circonstances est rarissime mais tout peut arriver, et il faut prendre les événements comme ils viennent, les uns après les autres et sans réfléchir. L’histoire est surement clichée mais au final ça n’a aucune importance, on suit les aventures de Mado et Patty avec d’autant plus de plaisir, parce que ça ne nous arrivera sans doute jamais, et heureusement !

Si j’ai finalement dévoré ce livre, c’est sans doute parce que j’ai tout de suite adoré Mado : c’est à travers ses yeux qu’on entre dans cette histoire abracadabrantesque, mais elle reste un personnage très vrai malgré les circonstances. Elle a des hauts et des bas, est responsable mais en a marre d’avoir trop les pieds sur terre, admire sa sœur et la déteste en même temps, s’énerve et s’en veut après. Paradoxalement c’est un personnage auquel je me suis très facilement identifié malgré tout ce qui lui arrive : certaines de ses réactions, ou de ses réflexions peuvent paraître toutes bêtes mais révèlent souvent ce que les gens n’acceptent pas, n’osent pas dire de peur d’être jugé. Lorsqu’elle raconte son retour au collège après l’accident c’est fait avec beaucoup de finesse, et de justesse aussi peut-être…

« Je me suis alors aperçue que j’allais passer mon temps à me surveiller pour être conforme à ce qu’on attendait de moi : je devais avoir l’air triste et abattue, point à la ligne. (…) Mes copines aussi se contrôlaient : il ne fallait pas rire, pas me bousculer, pas me parler de choses tristes, ni de choses gaies, éviter de prononcer les mots tabous comme « papa », maman » et même « voiture »… (…) Elles n’ont pas vraiment voulu me mettre sur la touche. J’étais sur la touche. »

Même si les deux sœurs ont des personnalités un peu exagérées, leur relation est ambiguë et tout sauf linéaire. Elle s’aiment et se détestent en même temps, se consolent et s’engueulent, se serrent les coudes malgré elles.

« – Moi ? Je te filais des compl…

– Mado est si vive, si intelligente, si curieuse, si réfléchie ! récite-t-elle en clownant les profs. Tu crois pas que ça fout les boules d’entendre ça en permanence ?

(…) – Toi aussi, tu me donnes des complexes, dis-je à mi-voix »

En conclusion, j’ai adoré La vie comme elle vient parce que les personnages sont géniaux et attachants, réalistes au milieu de leurs comportements incohérents au possible !

Mlle Jeanne



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L’assassin royal T1. L’apprenti assassin, de Robin Hobb

Fitz, le bâtard du prince héritier Chevalerie, grandit à Castelserf au royaume des Six-Duchés sans connaître ni mère ni père, ce dernier ayant refusé le trône en apprenant son existence. S’il ne peut en aucun cas prétendre à la couronne, Fitz reçoit une éducation sous la protection de Burrich le maître d’écurie, jusqu’au jour où le roi prend son avenir en main : Fitz va alors commencer une initiation nocturne et secrète pour devenir assassin à son service.

« Nous nous fabriquons souvent nous-mêmes nos propres prisons. Mais on peut aussi créer sa propre liberté. »

Comme introduction au roman, Fitz, devenu vieux, raconte son histoire depuis son arrivée à Castelserf à l’âge de six ans. A partir de là, on suit ses aventures d’enfant puis d’adolescent, son apprentissage du combat, des bonnes manières et de l’Art (une magie puissante réservée à la famille royale). Ce premier tome est donc avant tout un roman initiatique, surement en introduction à la suite des douze autres volumes. Habituellement je n’aime pas beaucoup me lancer dans des séries aussi longues, mais plusieurs personnes m’ont conseillé celle là et pour cause, j’ai adoré !

Le lecteur est directement plongé dans l’univers médiéval-fantastique (d’heroic fantasy) du roman. En effet, jusqu’à l’apparition de la magie, ce monde très subtil et travaillé ressemble beaucoup au nôtre pendant le Moyen-âge. L’histoire est très captivante et je me suis tout de suite attachée à Fitz : c’est un jeune garçon très solitaire qui tente de survivre dans cet univers de pouvoir dans lequel tout le monde ne lui veut pas que du bien. C’est également un personnage plutôt réaliste qui ne sait pas très bien où est sa place en raison de sa naissance. Il a des hauts et des bas, fait des erreurs et Lire la suite

Parce qu’il fallait t’oublier un peu d’Eza Paventi

Fleur Fontaine arrive en Afrique du Sud pour un stage en journalisme, de quoi se donner un nouveau départ après une douloureuse rupture amoureuse. De Johannesburg à Cape Town en passant par le parc Kruger, elle découvre ce pays et son histoire aux côtés de ses hôtes et nouveaux amis, ravis de partager leur culture avec elle.

Si le résumé du livre m’avait beaucoup tenté, la première de couverture et le titre m’avaient un peu refroidie… Mais, comme dit le célèbre dicton : Ne jugez pas un livre d’après sa couverture ! Et pour cause : dans la première édition québécoise, ce roman s’appelle Les souliers de Mandela et la couverture est nettement plus neutre…

(Mhm… Je parlais de l’édition de gauche ;))

Pour continuer sur la mise en page, le texte est annoté de petites remarques et schémas explicatifs qui remettent en contexte et aident le lecteur à mieux se représenter le cadre géopolitique de l’Afrique du Sud, tout en accentuant l’aspect plus ludique du « carnet de voyage ».

J’ai donc beaucoup aimé découvrir l’Afrique du Sud aux côtés de Fleur et de ses accompagnateurs ; sa vision des choses n’est pas manichéenne et elle ne cesse de remettre en question sa vie occidentale qui a perdu son sens à ses yeux. En effet, en plus de la découverte d’un pays, ce roman est également une quête initiatique et une histoire de reconstruction. Après cette rupture amoureuse qui est à l’origine de l’histoire et qui la rythme par des chapitres à la troisième personne dédiés aux souvenirs de Fleur, naît une interrogation sur Lire la suite

La nuit des temps de Barjavel

la nuit des temps

Simon fait partie d’une expédition scientifique au pôle sud en tant que médecin. Il ne pense qu’à revenir dans un pays chaud et confortable jusqu’au jour où un étrange signal apparaît sur l’écran d’un des appareils de mesure. Des ruines vieilles de plus de 900 000 ans, enfouies sous 980 mètres de glace, viennent d’être découvertes au point 612 de l’Antarctique…

« Je suis entré, et je t’ai vue.

Et j’ai été saisi aussitôt par l’envie furieuse, mortelle, de casser, de détruire tous ceux qui, là, derrière moi, derrière la porte, dans la Sphère, sur la glace, devant leurs écrans du monde entier, attendaient de savoir et de voir. Et qui allaient TE voir, comme je te voyais.

Et pourtant, je voulais aussi qu’ils te voient. Je voulais que le monde entier sût combien tu étais, merveilleusement, incroyablement, inimaginablement belle.

Te montrer à l’univers, le temps d’un éclair, puis m’enfermer avec toi, seul, et te regarder pendant l’éternité. »

Le début de l’histoire m’a particulièrement plu : j’avais très hâte de connaître ce qui se cachait sous le glace dans une sphère d’or impénétrable. Simon, narrateur occasionnel, nous livre ses sentiments sur l’expédition de manière postérieure, une fois revenu à Paris. Ces courts passages ne font qu’augmenter le mystère autour de cette découverte polaire. Qu’est-ce qui a pu le bouleverser autant sous la glace de l’Antarctique ? Pourquoi peine t-il à retrouver sa vie urbaine ? De quoi attiser la curiosité… Et je n’ai pas été déçue ! Les personnages sont tous très intéressants à leur façon : Simon l’est en fait principalement pour les sentiments qu’il éprouve pour « la découverte » (haa ! c’est dur de ne pas en dire plus ! ;)), et on a finalement peu d’informations à son sujet. Les autres chercheurs ont des caractères variés et certains préjugés que j’ai pu avoir sur des personnages se sont finalement révélés faux par la suite. L’ensemble des personnages dépeint un milieu scientifique essentiellement masculin, à l’exception d’une femme dans l’équipe…

Si le début de l’histoire est rythmé, le milieu du roman alterne entre des passages tout aussi intéressants et d’autres qui trainent un peu en longueur à mon goût : on en sait finalement presque trop. L’auteur nous raconte tout ce qui s’est passé il y a 900 000 ans dans les moindres détails alors que tout n’est pas d’une importance capitale, si bien que cela laisse finalement peu de place à l’imagination. Je préfère être dans l’attente de la vérité qu’à un stade où l’on croit tout connaître alors que ce n’est pas forcément le cas… Et pour cause, je ne m’attendais pas du tout au retournement final, l’effet de surprise est très réussi ! Il clôt l’histoire en beauté et donne envie de relire le début du livre pour y découvrir d’éventuels indices…

Entre découverte scientifique, romance et fantastique, La nuit des temps marie des genres très différents pour former une histoire captivante que j’ai adorée !

marguerite passionément

Mlle Jeanne



 

Trouble vérité, d’Emily Lockhart

Première semaine de juin 2016. Jule sort du métro New Yorkais après une longue journée à la recherche d’un travail.

Troisième semaine de juin 2017. Jule s’enfuit d’un hôtel au Mexique, perruque enfilée, maquillage parfait et conscience (presque) tranquille.

Que s’est il passé entre temps ? Les chapitres s’enchainent et vous emmènent toujours plus loin, à rebours dans le temps, à la recherche de la vérité…

Whaw. C’est le premier mot qui me vient à la bouche pour décrire ce livre. Au début de l’histoire on est un peu perdus (au milieu et à la fin aussi en fait ^^) : les informations s’enchaînent sans cohérence immédiate, les vérités et les mensonges s’entrelacent si bien qu’on ne sait plus vraiment démêler le vrai du faux.

J’avais très envie de lire ce roman car j’ai adoré Nous les menteurs, de la même auteure. Dans les deux cas, ce sont des histoires poignantes, marquantes et qui font réfléchir. Ce sont des lectures qui changent complètement des autres romans jeunes adultes plus classiques, autant par l’histoire que par la manière de la raconter. Ici, on comprend petit à petit qui est Jule en remontant dans le temps (l’intrigue nous décrit donc plus une trajectoire et une personne qu’une aventure qui s’inscrit dans un schéma narratif prédéfini) : l’auteure nous pousse à croire certaines choses au fil des chapitres pour soudainement remettre en cause tout ce que l’on croyait établi. L’effet de surprise repose donc sur l’imagination du lecteur : à aucun moment l’auteur ne « ment » au sujet de son personnage, mais elle arrive à nous suggérer des fausses voix d’interprétation pour mieux nous surprendre.

La finalité de histoire serait donc un portrait de Jule (mais sait-on vraiment jamais qui elle est réellement ?) ; de tous ceux qui sont faits, celui-ci est mon préféré : Lire la suite