Sur notre table de nuit… #110

Aujourd’hui c’est lundi, qu’avez-vous sur votre table de nuit ?

Ces deux dernières semaines, j’ai lu Frangine, de Marion Brunet, Gramercy Park, de Timothée de Fombelle et Christian Cailleaux, et Ce qu’ils n’ont pas pu nous prendre, de Ruta Sepetys. Trois livres magnifiques et poignants !

   

En ce moment, je découvre Antigone, de Jean Anouilh…

… et ensuite je pense lire Raison et sentiments, de Jane Austen

résumé de l’éditeur : En amour, comme en tout, rien n’a changé depuis le 19eme siècle de Lady Jane. Si la fougueuse Marianne s’abandonne à une passion qui menace de lui brûler les ailes, la sage Elinor prend le risque de perdre l’amour à force de tempérance. Raison et sentiments : impossible équation ? Les deux jeunes femmes devront apprendre de leurs vacillements. Pour le meilleur et pour le pire.

Et vous alors, qu’avez-vous sur votre table de nuit ?

Mlle Jeanne



 

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Gramercy Park, de Timothée de Fombelle et Christian Cailleaux

New York, dans les années 1950. Une jeune femme est apicultrice sur le toit d’un building de Manhattan. Chaque jour, elle observe son voisin dans l’immeuble d’en face, un puissant homme noir d’une quarantaine d’années qui terrorise ses employés, jusqu’à connaître ses plus intrigantes habitudes…

L’avis de Mlle Jeanne : « La consolation. Tous, ils cherchent la consolation. » Dès les toutes premières phrases, le mystère s’installe et une magnifique bande dessinée aux multiples facettes commence ! Pendant toute ma lecture, j’étais transportée dans cet univers de polar un peu sombre et pourtant plein d’espoir : petit à petit on se rend compte que c’est bien plus qu’une romance et que quelque chose nous échappe. Les passages à New York alternent avec des flash back à Paris notamment, qui nous en apprennent toujours un peu plus alors que le mystère s’épaissit.

La fin de l’histoire est absolument géniale. Je n’avais rien deviné et je suis restée bouche-bée, surprise… Bref je me suis laissée cueillir. A ce moment là et même plus tard en y repensant, on se rend compte de tous les indices qui sont disséminés tout au long de l’histoire et on n’a qu’une envie : recommencer du début pour replonger dans cet univers et trouver toutes les traces, les indications à double sens. Car rien n’est dit clairement, ce qui laisse une grande place à l’interprétation et à l’imagination. La couverture est très belle mais elle ne prend réellement son sens qu’à la fin de l’histoire, quand on comprend tout…

Les illustrations sont magnifiques et s’accordent très bien avec la poésie du texte. La gamme de couleurs utilisée est assez large et un peu sombre, ce qui renforce le côté polar de l’histoire. Certaines d’entre elles sont tout particulièrement originales et belles, les gros plans du visage de Madeleine sont mes préférées.

En bref, je vous conseille vraiment cette bande dessinée. Elle se lit d’une traite et nous transporte quelques décennies plus tôt à New York et Paris, dans une ambiance nostalgique et mystérieuse. Cliquez ici, sur le site de Gallimard, pour lire les premières pages !

L’avis de Yoko : Une fois n’est pas coutume, j’ai eu un avis beaucoup plus mitigé sur cette bande dessinée que Mlle Jeanne. A mon sens, l’histoire n’est pas du tout assez aboutie. Alors, bien sûr, le texte étant de Timothée de Fombelle, il y a un style élégant qui crée une atmosphère de mystère au point de complètement nous transporter dans l’histoire ! Et j’ai également adoré les illustrations qui correspondaient à merveille avec ce que le texte laissait imaginer. Mais mon gros regret reste le manque de développement de la psychologie des personnages. L’histoire repose sur un présupposé à propos du sentiment amoureux qui, sans justifications, s’impose au lecteur comme allant de soi : mais le choix que fait le personnage n’est absolument pas celui que ferait un personnage féminin un minimum moderne (et avec un mini minimum de cohérence) ! Je suis très certainement excessive dans mes reproches mais cette fin que Mlle Jeanne adoré m’a profondément déçue : sans développement du pourquoi et du comment de cet amour qui survivrait à la pire des trahisons et qui voudrait s’affirmer dans un acte aussi extrême que celui que le personnage envisage, il ne m’est resté que mon incompréhension à la fin de l’ouvrage. Je ne sais pas si vous avez pu me suivre (c’est extrêmement dur de critiquer cette BD sans la spoiler) mais mon avis se résume au fait que c’est une bonne BD mais décevante de la part de l’auteur de Tobbie Lolness, Vango, et Le livre de Perle.

L’avez-vous lu ? Avez-vous bien aimé ?

Mlle Jeanne



Des fleurs pour Algernon, de Daniel Keyes

Charlie Gordon, un attardé mental de trente deux ans, est sélectionné pour une expérience visant à le rendre plus intelligent. Comme Algernon, la souris test qui l’a précédé, il va progressivement voir ses capacités s’améliorer, jusqu’à dépasser les plus folles espérances…

On suit l’histoire de Charlie à travers ses comptes rendus et le début est très déroutant : il écrit les mots comme il les entend, avec une orthographe originale, le tout sans ponctuation ou presque… Au delà de la forme, cela permet d’avoir son point de vue sur ce qui lui arrive tout au long du roman et l’évolution de ce personnage est absolument incroyable. On rencontre un Charlie attachant, gentil mais un peu limité intellectuellement et on le voit progressivement devenir quelqu’un d’autre. Le premier changement perceptible est au niveau de la rédaction : il fait moins de fautes d’orthographe dans ses comptes rendus, utilise un vocabulaire plus élaboré et écrit plus longuement. Le lecteur s’en rend compte avant Charlie qui, lui, s’impatiente.

Au début on ne peut que lui souhaiter de devenir intelligent : c’est ce qu’il souhaite plus que tout et ça ne peut être a priori que bénéfique. Pourtant, le développement de ses capacités mentales lui dévoile toute la cruauté du système dans lequel il vit. Avant l’expérience, il avait des personnes sur qui compter, un travail, des gens qui l’acceptaient plus ou moins tel qu’il était et qui le soutenaient. Tout se complique avec la progression de ses facultés : être beaucoup plus intelligent que la normale est une situation presque plus délicate, et pas moins solitaire…

« – Les gens n’ont pas été méchants envers toi.

– Qu’en savez-vous ? Écoutez, les meilleurs d’entre eux n’étaient que condescendants, dédaigneux – ils se servaient de moi pour se croire supérieurs et sûrs d’eux-mêmes dans leurs propres limites. N’importe qui peut se sentir intelligent auprès d’un faible d’esprit. »

Le parallèle avec Algernon, la souris, apporte beaucoup à l’histoire. Elle permet de montrer en avance ce qui va arriver à Charlie et on s’attache finalement plus à elle qu’à d’autres personnages humains de l’histoire. Ce livre permet de prendre conscience de la chance qu’on a de pouvoir apprendre et découvrir de nouvelles choses. Quand on voit Charlie qui s’est inscrit à un cours pour apprendre à lire et écrire et dont le rêve est de devenir intelligent, ça fait réfléchir sur la façon dont on perçoit l’apprentissage.

« Je lui ai dit merci docteur vous n’orez pas a regreté de m’avoir doné ma seconde chance come dit Miss Kinninan. Et je le pensait come je leur ai dit. Après l’opérassion je m’eforcerai d’être un télijen. De toutes mes forces. »

Pour la plupart des gens, aller à l’école, apprendre à lire, à écrire, à compter, sont des acquis : c’est normal et on ne le remet plus en question. Pour Charlie, c’était loin d’être facile et accessible. Ce livre questionne également « l’intelligence » : au début, Charlie veut devenir intelligent, sans vraiment savoir ce qui se cache derrière ce mot. Pour lui, c’est juste un moyen d’accéder à une vie plus « normale ». Lorsque ses capacités dépassent la moyenne, jusqu’à devenir presque trop importantes, il comprend que les personnes qu’il prenait avant pour des savants, n’ont en fait qu’une connaissance limitée de leur domaine.

J’ai lu Des fleurs pour Algernon dans une version augmentée comprenant le roman, l’essai autobiographique de l’auteur et la nouvelle. J’ai trouvé un peu dur de lire la nouvelle (texte d’origine, le roman est en fait une version retravaillée, augmentée et enrichie) après, car tout va plus vite et il y a moins de détails en raison de la contrainte de taille. J’ai donc été un peu déçue par rapport au roman, mais les deux ne sont pas comparables : si l’histoire est globalement la même, l’exercice d’écriture n’a, je pense, rien à voir. L’essai est également très intéressant car on découvre tout le processus d’écriture de l’auteur : on se rend notamment compte que son texte a été refusé et critiqué avant d’être publié alors qu’il est aujourd’hui très connu !

Ce roman est très riche et il y a beaucoup d’autres aspects, éléments ou intrigues parallèles dont je n’ai pas parlé et qui sont pourtant également importants. L’ensemble forme une histoire passionnante et émouvante et que j’ai adorée.

Mlle Jeanne



L’homme du verger, d’Amanda Coplin

Depuis la mort de sa mère et la disparition de sa sœur, Talmadge vit seul dans une vallée du nord-ouest des Etats-Unis. Son existence solitaire et paisible prend subitement fin par l’arrivée de deux jeunes filles épuisées et affamées dans son verger. Il apprend progressivement à les apprivoiser et découvre alors leur sombre passé…

Ce roman m’a vraiment énormément plu. : il raconte une histoire familiale très dure qui invite à la réflexion et qui m’a particulièrement touchée. Je pense que l’atmosphère de l’histoire a beaucoup joué sur mon ressenti final : elle est très apaisante et on a l’impression d’avoir tout notre temps pour lire. Ce roman fait un peu plus de cinq-cents pages et l’intrigue a donc le temps de se mettre en place tout doucement. L’histoire racontée est très belle mais paraît presque trop réaliste, parfois on a envie de se dire que ce n’est pas possible, que c’est trop horrible pour être vrai. La vie d’aucun des personnages n’a été facile, et pourtant l’auteur ne cherche pas à nous choquer : il y a beaucoup de sous entendus que chacun est libre d’interpréter librement.

« Ce qu’elle redoutait le plus, c’étaient ses silences. Les moments où elle avait l’impression qu’il était prêt à parler, et où il se dérobait au dernier moment. Il faisait volte-face. Le profondeur insondable, que ses yeux révélaient parfois, de tout ce qu’il gardait par devers lui. »

On a accès au point de vue de différents personnages et cela apporte beaucoup à l’histoire. Leurs relations sont très approfondies : on les voit se poser des questions les uns par rapport aux autres, sur leur façon de se comporter, la conséquence de leurs actes, leurs responsabilités… Cette histoire nous livre une vision très intéressante de la famille et du vivre ensemble, de la manière dont les actions des autres peuvent être interprétées. On peut se sentir proche de tous les personnages : certains parce qu’on a l‘impression de parfois agir comme eux, d’autres parce qu’on les admire. On apprend à les aimer avec leurs défauts et l’auteur arrive à en faire des portraits très complets qui laissent juste ce qu’il faut de place à l’interprétation.

Mlle Jeanne



Sur notre table de nuit… #109

Aujourd’hui c’est lundi, qu’avez-vous sur votre table de nuit ?

Ces dernières semaines j’ai lu L’homme du verger, d’Amanda Coplin et le deuxième tome de Dédale, de Takamichi !

 

En ce moment je lis La promesse de l’aube, de Romain Gary…

résumé de l’éditeur (extrait) : «– Tu seras un héros, tu seras général, Gabriele D’Annunzio, Ambassadeur de France – tous ces voyous ne savent pas qui tu es !
Je crois que jamais un fils n’a haï sa mère autant que moi, à ce moment-là. Mais, alors que j’essayais de lui expliquer dans un murmure rageur qu’elle me compromettait irrémédiablement aux yeux de l’Armée de l’Air, et que je faisais un nouvel effort pour la pousser derrière le taxi, son visage prit une expression désemparée, ses lèvres se mirent à trembler, et j’entendis une fois de plus la formule intolérable, devenue depuis longtemps classique dans nos rapports : – Alors, tu as honte de ta vieille mère?»

Et ensuite je pense lire Antigne d’Anouilh et Le silence de la mer de Vercors !

 

Et vous alors, qu’avez-vous sur votre table de nuit ?

Mlle Jeanne