Ici Londres, de Judith Kerr

Anna, une émigrée Allemande en Angleterre, vit à Londres depuis son exil forcé. Contrainte de vivre dans une pension séparée de ses parents et de travailler comme secrétaire pour gagner de l’argent, la guerre naissante ne fait qu’empirer sa situation. Son frère Max, brillant élève de Cambridge, se fait arrêter et Anna tente de survivre au Blitz avec ses parents qui peinent à trouver du travail à cause de leur nationalité. Heureusement, ses cours de dessin arrivent à lui donner espoir et à lui faire rêver d’une vie d’artiste libre plus paisible…

Ici Londres est en fait un deuxième tome, après Quand Hitler s’empara du lapin rose. Je ne l’ai pas lu mais ça ne m’a finalement pas du tout gênée : les deux tomes sont plus ou moins indépendants.

résumé de l’éditeur : Classique incontournable de la littérature anglaise, Quand Hitler s’empara du lapin rose raconte l’histoire d’Anna, une jeune allemande de neuf ans, qui vit à Berlin avec ses parents et son grand frère Max. Elle aime dessiner, écrire des poèmes, les visites au zoo avec son oncle Julius.
Brusquement tout change. Son père disparaît sans prévenir. Puis, elle-même et le reste de sa famille s’exilent pour le rejoindre en Suisse. C’est le début d’une vie de réfugiés. D’abord Zurich, puis Paris, et enfin Londres. Avec chaque fois de nouveaux usages, de nouveaux amis, une nouvelle langue.
Ce périple plein d’angoisse et d’imprévus est ensoleillé par la cohésion de cette famille qui fait front, ensemble, célébrant leur bonheur d’être libre.
Cette histoire, c’est celle de Judith Kerr. Elle signe avec Quand Hitler s’empara du lapin rose un roman autobiographique bouleversant, précieux témoignage de l’exil  et de la montée du nazisme à travers les yeux d’une enfant.

S’il s’agit donc d’une autobiographie, elle est écrite à la troisième personne, chose plutôt originale ! En tous cas, qu’il soit fictif ou non, je me suis beaucoup attachée au personnage d’Anna. Elle est ici âgée d’une quinzaine d’années, après une enfance en Allemagne puis en exil, et la guerre prend le pas sur son adolescence. En effet, elle a très vite de grandes responsabilités : trouver un emploi pour subvenir à ses besoins et prendre soin de ses parents. Son père, un célèbre écrivain allemand, ne sait pas parler anglais et se sent couper du monde dans ce pays où ses œuvres ne sont pas reconnues, tandis que sa mère s’inquiète, autant pour Max que pour les dépenses de la famille. Anna arrive tout de même à prendre un peu de recul et à s’évader de son univers dur et triste grâce à ses cours de dessin. Elle redevient alors une adolescente comme les autres, insouciante et pleine de rêves et d’ambition. Anna décrit ses sentiments naturellement, sans détours et évoque parfois des situations compliquées, entre culpabilité et regret. Sa relation avec ses parents est parfois ambiguë : elle a conscience de tout ce qu’ils ont fait pour elle, essaye de prendre ses distances mais s’attriste de leur réaction…

« Mais elle ne pouvait pas oublier complètement, et elle savait bien que Mutti ne le pouvait pas, elle non plus. Il y avait entre elles une défiance qui n’existait pas avant cela. Une part d’elle-même s’en attristait. Une autre part, dont elle n’avait jamais soupçonné l’existence, une part secrète et inflexible, accueillait cette prise de distance. » p.299

Anna se pose des questions sur leur départ d’Allemagne et leur intégration en Angleterre : son père se sentait sans nul doute mieux là-bas mais, quant à elle, son nouveau pays commence à lui plaire… L’histoire est captivante et on suit la vie quotidienne d’Anna ; quelques rebondissements viennent la ponctuer de retournements de situation surprenants et plusieurs intrigues s’entremêlent pour former un mélange parfois difficile à démêler ! Pour conclure le tout, la fin de l’histoire est pleine d’espoir… Et il suffit de lire la biographie de l’auteure pour confirmer ses attentes !

En bref, Ici Londres est une très belle histoire vraie qui raconte l’intégration d’une jeune allemande en Angleterre en temps de guerre. Il ne me reste plus qu’à lire le premier tome : avec un nom comme ça difficile de résister, ma curiosité est piquée !

Mlle Jeanne



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Chaque chose en son temps, de Lorris Murail

Chaque-chose-en-son-temps

Reine, une jeune femme française au service de Louis Nicolic, un scientifique Serbe pendant la première guerre mondiale, le retrouve un jour gravement blessé après l’une de ses expérience. Des médecins l’emportent dans un hôpital militaire à quelques kilomètres de là et Reine se retrouve seule avec une étrange découverte : un trou noir s’est formé dans le laboratoire du scientifique. Cent ans plus tard, en 2015, deux enfants observent le même phénomène dans le garage de leur maison…

J’ai beaucoup aimé ce roman mais j’ai néanmoins un avis assez partagé. D’un côté j’ai passé un très bon moment en le lisant : Reine est un personnage attachant, une jeune femme pleine d’énergie qui donne du rythme à l’histoire. Elle est assez naïve sur l’ampleur de la Grande guerre au début et on découvre donc en même temps qu’elle l’atrocité des conflits auprès des Gueules Cassées de l’hôpital. Lorsqu’elle commence à comprendre qu’elle peut, à travers le trou noir, parler avec de habitants du futur, elle veut naturellement savoir quand est-ce que cette guerre finira. Quand Quentin et Blaise lui annoncent trois ans de conflit supplémentaires, et pour couronner le tout une seconde guerre mondiale, son moral tombe au plus bas… L’Europe que les deux enfants lui décrivent paraît alors merveilleuse, presque utopique, une belle promesse d’espoir. Un pays où l’Allemagne et la France seraient unies ! Partageraient la même monnaie ! Sans guerre ! Cette description peut paraître un peu trop idéalisée (surtout quand on connaît toutes les tensions qui animent l’Union Européenne actuellement) mais en même temps elle montre à quel point il est important de préserver la paix…

«  Il faudra être patient, attendre peut-être… quarante ans, mais il viendra, je vous l’assure, ce jour où les frontières s’effaceront et où toutes les nations de l’Europe s’uniront. Je ne vous dis pas que tous les problèmes disparaîtront mais la paix régnera. Du nord au sud, de l’ouest à l’est, il n’y aura plus qu’un seul pays, une seule grande communauté où les hommes respecteront le même drapeau, chanteront le même hymne, partageront les mêmes richesses qu’ils paieront avec la même monnaie ! »

Le message que tente de faire passer ce roman est donc particulièrement fort et très intéressant même s’il peut paraître un peu simpliste et cucul. La dimension fantastique de l’histoire donne un peu de piquant à l’intrigue, et surtout beaucoup d’espoir à Reine qui tente par tous les moyens de sauver Louis Nicolic. Mais… le concept d’échange temporel pendant la Grande guerre ne vous fait-il pas un peu (beaucoup) penser à Lire la suite

Quo Vadis ? d’Henryk Sienkiewicz

Rome, au premier siècle après J.-C. Alors que Néron, le dernier empereur de la dynastie Julio-Claudienne, règne sur l’empire romain au gré de ses caprices, le christianisme se propage malgré les interdictions et ne cesse d’acquérir de nouveaux croyants. Lygie, la fille adoptive d’une riche famille patricienne, fait partie de ceux là. Vilnicius en tombe éperdument amoureux dès la première rencontre et n’a, à partir de ce jour, plus qu’une idée en tête : l’épouser. Mais les chrétiens sont persécutés et de nombreuses personnes se mettent en travers de leur amour…

Ce roman a beau faire presque sept cents pages, je l’ai lu très rapidement ! Si on est un peu perdu au début, au milieu de tous ces personnages nouveaux qui évoluent dans un mode de vie très différent du notre, l’intrigue se met en place rapidement et j’avais très hâte de connaître la suite ! Les rebondissements s’enchainent les uns à la suite des autres tout naturellement : impossible d’imaginer au tout début ce qui va se passer ensuite ! Lygie, Vilnicius et Pétrone, l’oncle de ce dernier, sont trois personnages que j’ai eu beaucoup de plaisir à suivre tout au long de l’histoire. Si Pétrone surtout, et Vilnicius un peu, doivent arriver à leur fin en usant de tact et de diplomatie auprès d’un Néron très versatile, Lygie n’a que faire de son opinion et se consacre à sa nouvelle religion à part entière.

J’ai donc trouvé passionnant, en plus de l’intrigue, de découvrir Rome et la culture latine d’une manière très différente de celle présentée en cours. C’est de la fiction donc quelques éléments peuvent être contestés par les historiens (certains pensent pas exemple que ce n’est pas Néron qui a déclenché l’incendie de Rome, contrairement à ce qui est décrit dans le livre) mais Quo Vadis ? donne tout de même une impression assez complète des jeux, de la montée du christianisme, des codes, des traditions et des habitudes de l’époque. Il est intéressant de voir à quel point cette civilisation semblait à la fois si proche et si éloignée de la notre ! Lire la suite

Ce qu’ils n’ont pas pu nous prendre, de Ruta Sepetys

Lina, une jeune Lituanienne de 16 ans passionnée par le dessin, s’apprête à entrer dans une école d’art. Mais on est en 1941 et la seconde guerre mondiale touche les Pays Baltes par l’occupation soviétique. Lina est arrêtée par le NKVD et déportée avec sa famille. S’en suit un long et dur voyage vers les goulags de Sibérie…

Cela faisait très longtemps que j’avais envie de lire ce livre : Yoko l’avait adoré et m’en avait dit beaucoup de bien. Premièrement, je trouve le titre magnifique et mystérieux à la fois. Rien qu’en lisant la quatrième de couverture, on sait qu’un sujet très dur va être abordé, et ce titre le reflète bien mais laisse percer une petite lueur d’espoir, la vague idée d’une résistance. Dès la toute première phrase, le lecteur est emmené de force dans ce terrible voyage, en compagnie de Lina et de ses compagnons de route.

« Ils m’ont arrêtée en chemise de nuit ».

S’ensuivent quatre cent pages intenses pendant lesquelles on n’a qu’une phrase à la bouche : ce n’est pas possible, ça n’a pas vraiment pu arriver !

Lina est un personnage auquel on s’attache très facilement : c’est une jeune fille courageuse, révoltée, pour qui on a de l’admiration mais qui a aussi ses défauts. Je ne sais même plus combien de fois je me suis malgré moi comparée à elle pendant ma lecture, pour me dire que j’ai décidément beaucoup de chance ou que jamais je ne pourrais être aussi combative dans pareille situation. Lire la suite

L’homme du verger, d’Amanda Coplin

Depuis la mort de sa mère et la disparition de sa sœur, Talmadge vit seul dans une vallée du nord-ouest des Etats-Unis. Son existence solitaire et paisible prend subitement fin par l’arrivée de deux jeunes filles épuisées et affamées dans son verger. Il apprend progressivement à les apprivoiser et découvre alors leur sombre passé…

Ce roman m’a vraiment énormément plu. : il raconte une histoire familiale très dure qui invite à la réflexion et qui m’a particulièrement touchée. Je pense que l’atmosphère de l’histoire a beaucoup joué sur mon ressenti final : elle est très apaisante et on a l’impression d’avoir tout notre temps pour lire. Ce roman fait un peu plus de cinq-cents pages et l’intrigue a donc le temps de se mettre en place tout doucement. L’histoire racontée est très belle mais paraît presque trop réaliste, parfois on a envie de se dire que ce n’est pas possible, que c’est trop horrible pour être vrai. La vie d’aucun des personnages n’a été facile, et pourtant l’auteur ne cherche pas à nous choquer : il y a beaucoup de sous entendus que chacun est libre d’interpréter librement.

« Ce qu’elle redoutait le plus, c’étaient ses silences. Les moments où elle avait l’impression qu’il était prêt à parler, et où il se dérobait au dernier moment. Il faisait volte-face. Le profondeur insondable, que ses yeux révélaient parfois, de tout ce qu’il gardait par devers lui. »

On a accès au point de vue de différents personnages et cela apporte beaucoup à l’histoire. Leurs relations sont très approfondies : on les voit se poser des questions les Lire la suite