Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates, de Mary Ann Shaffer et Annie Barrows

Après avoir écrit Izzy Bickershaff s’en va-t’en guerre et avoir divertit la population anglaise pendant la seconde guerre mondiale, Juliet Ashton, jeune trentenaire, est en manque d’inspiration pour son nouveau roman. Contactée par Dawsey Adams, un habitant de Guernesey membre du Cercle littéraire des amateurs de tourte aux épluchures de patates et actuel propriétaire d’un livre lui ayant jadis appartenu, Juliet commence à écrire aux autres membres du cercle, intriguée. S’en suit une longue correspondance et de nombreuses surprises !

Ce titre, très original, ne pouvait que présager de bonnes choses, et j’ai tout simplement adoré ce roman. Si au début on ne comprend pas forcément tout, l’histoire se met en place assez rapidement pour finir passionnante et émouvante par moment. La correspondance commence en 1946, la deuxième guerre vient de se terminer et le Royaume-Uni n’a pas été épargné. Juliet correspond avec de nombreuses personnes (mais heureusement pas assez pour qu’on puisse s’y perdre) qu’on apprend à connaître au fil du roman. Si au bout d’un moment on croit tout savoir sur eux, un élément de leur passé ou une relation ambiguë qui s’éclaircit vient bousculer nos certitudes. Les personnages sont tous très recherchés et attachants (ou presque), si bien que Juliet en vient à apprécier une personne qu’elle ne connaît que par les paroles et écrits de ses nouveaux amis !

« Cher Sidney,

N’accorde aucune foi à ce que disent les journaux. Juliet n’a pas été arrêtée et emmenée avec les menottes. Elle a juste été réprimandée par un gendarme de Bradford- qui avait grand mal à garder son sérieux.

Elle a bien jeté une théière à la tête de Gilly Gilbert, mais il ment lorsqu’il prétend qu’elle l’a ébouillanté : le thé était froid. »

A travers le cercle littéraire de Guernsey, on découvre aussi une nouvelle façon de voir la lecture : Juliet reçoit des lettres de membres qui n’ont lu qu’un livre de Lire la suite

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Anna et son orchestre, de Joseph Joffo

Fin du XIXe, début du XXe siècle. Anna fuit la Russie et les pogroms avec sa famille. Dans le but de rejoindre l’Amérique, ils traversent l’Europe, en passant par Istanbul, Budapest, Vienne et Paris, où leur orchestre se produit en public.

J’ai lu il y a un petit bout de temps déjà Un sac de billes, sans doute le plus célèbre roman de Joseph Joffo. Je me souviens de l’histoire globale, des personnages, mais surtout de la sensation d’être à fond dans l’histoire. Je l’avais dévoré, et c’est pareil pour Anna et son orchestre.

Dès le début, je me suis beaucoup attachée au personnage d’Anna (la mère de Joseph Joffo). Elle n’a que onze ans au commencement du roman, et ne comprend donc pas la raison de toutes ces émeutes, de ce voyage qui se prépare. Si elle ne se rend pas forcément compte de l’ampleur des événements, elle prend conscience des choses simplement, avec des changements dans son quotidien : la mort de son chien, assassiné, par exemple. Je ne savais pas grand chose des pogroms avant ma lecture (définition wikipédia : attaque accompagnée de pillages et de meurtres perpétrée contre une communauté juive dans l’Empire Russe) et j’en ai donc appris un peu plus au contact d’Anna, tout doucement.

Une autre dimension qui m’a beaucoup  plu : la musique. Au fil de son voyage, on voit Anna évoluer, grandir ; sa musique aussi. On comprend l’importance de ces moments, ces pauses, pour elle et ses proches, la joie que ça leur apporte. Si au début ils ne jouent que pour leur plaisir, la musique leur donne aussi un moyen de vivre, un métier. Selon les villes qu’ils traversent, le format change un peu : orchestre, représentation dans des bars, des cinémas, des mariages.

Tout au long du roman, la musique est magnifiquement décrite, j’avais presque l’impression d’être là.

« C’est étrange, j’ai rejoué ce morceau bien des fois depuis ce jour, dans une chambre d’Istanbul, dans les brasseries de Budapest, à Vienne sur Prater, à Paris, je n’ai pas l’impression de l’avoir depuis si bien interprété que ce soir là, sur ce rafiot poussif perdu dans la mer noire au milieu des ballots, des émigrants affalés sur les ponts, sous le grand silence d’un ciel froid et pur.

Dès les premières notes, les formes autour de moi se sont estompés, tous les visages ont disparu, je suis seule, dans une longue robe, devant la lueur des projecteurs ; devant moi c’est le gouffre, la salle immense du grand théâtre impérial de Moscou est pleine à craquer (…) mon archet vole, mon bras s’agite, indépendant, mécanique parfaite, véloce et expressive à la fois ; les notes filent, s’incurvent, planent, s’enroulent autour de moi ; je suis au cœur de la musique, à la fois source et embouchure d’un fleuve sonore qui me submerge et que je fais naître (…) »

Je trouve cet extrais absolument magnifique…

Dans les lieux qu’ils traversent, ils font des connaissances (pas toujours heureuses malheureusement), mais à peine commencent-ils à réellement s’installer, qu’il faut repartir pour une nouvelle destination… et changer ses habitudes !

« J’ai su, une semaine à peine après mon arrivée ici, que je serais une fidèle cliente du café Sacher et que les beignets de Budapest étaient remplacés dans mon cœur par le café à la viennoise et surtout par le Kaiserschmarn, une des plus grandes inventions humaines : une omelette sucrée à la confiture et fourrée de raisins de Corinthe. »

En conclusion, j’ai vraiment beaucoup aimé Anna et son orchestre, au mois autant que Un sac de Billes ; l’histoire est très captivante, les personnages sont attachants et la musique est magnifique (je ne l’entendais pourtant pas, mais elle est tellement bien décrite, que j’avais réellement l’impression de l’entendre, de la ressentir, ce que je trouve incroyable) !

L’avez-vous lu ?

Mlle Jeanne



Au bonheur des dames, d’Emile Zola

Denise arrive à Paris avec ses frères pour la première fois dans l’espoir de pouvoir travailler chez son oncle. En faillite, celui-ci ne peut pas l’accueillir. Elle entre alors comme vendeuse chez son plus grand concurrent : Au bonheur des dames, un gigantesque magasin spécialisé dans le prêt à porter féminin.

Au bonheur des dames était le premier roman de Zola que je lisais et il me donne très envie d’en lire d’autres. Je me suis tout de suite attachée à Denise ; on redécouvre Paris à la fin du XIXe siècle avec elle. Tout au long du roman, le Bonheur des dames est décrit comme étant une énorme machine, un monstre qui écrase toutes les petites friperies qui ont du mal à s’adapter. Si Denise est au début terrifiée par cette ville qu’elle ne connaît pas, la concurrence entre les vendeuses du magasin et la misère dont elle a du mal à sortir, elle évolue petit à petit (comme dans un roman initiatique) et trouve finalement sa place.

L’histoire d’amour est très captivante : le suspens est tenu jusqu’à la dernière page ! Elle permet de montrer un autre visage des personnages : Denise est d’abord présentée comme étant mal coiffée, pas spécialement belle, puis comme ayant du charme et étant intelligente.

Mourret, le directeur du grand-magasin est un personnage très intéressant et complexe, persuadé qu’il faut encore agrandir le magasin, baisser les prix, inaugurer de nouveaux rayons plus exotiques les uns que les autres. Petit à petit, les clientes ressentent, non plus un désir, mais un besoin irrationnel d’acheter de nouveaux vêtements et tissus, jusqu’à en voler parfois. La description du magasin, de la foule qui y pénètre, des acheteurs, pourrait paraître ennuyante, mais elle est au contraire très intéressante : elle donne une impression de mouvement, Lire la suite

La couleur des sentiments de Kathryn Stockett

En 1963, Skeeter Phelan rentre chez elle après avoir obtenu son diplôme. A son arrivée, Constantine, la bonne de la famille qui l’a élevée est partie et ses parents refusent de lui donner l’explication de son départ. Skeeter, jeune femme moderne, s’occupe d’articles de conseils ménagers dans un journal. Révoltée par la condition des Noirs dans sa ville, elle décide d’écrire secrètement un roman en recueillant des témoignages de bonnes Noires qui ont passé leur vie à élever les enfants des Blancs.

« J’ai envie de crier assez fort pour que Baby Girl m’entende, de crier que sale, c’est pas une couleur, que les maladies, c’est pas les Noirs. Je voudrais empêcher que le moment arrive –comme il arrive dans la vie de tout enfant blanc- où elle va se mettre à penser que les Noirs c’est moins bien que les Blancs. »

Au retour de ses études, Skeeter revient changée : elle voit différemment le monde qui l’entoure. Elle comprend que la condition des Noirs n’est pas normale et qu’il faut que les choses changent. La comparaison à ses anciennes amies est flagrante, elles ont, par exemple, des toilettes séparées pour leur bonne et elles trouvent ça normal. Ça montre bien la mentalité de l’époque et l’important changement qu’il y a eu depuis. Tout au long de l’histoire, on découvre des personnages complexes et émouvants. Je me suis tout de suite attachée à Skeeter : elle est travailleuse et décidé. Les deux autres narratrices, Minny et Aibileen, des bonnes Noires, donnent un point de vue différent à l’histoire. Elles ont des caractères assez marqués qui se complètent et qui donnent un peu de piment au récit. Elles élèvent les enfants des Blancs, et pourtant, ce sont eux qui, des années plus tard, deviennent leur patron à leur tour.

J’ai beaucoup aimé la fin de l’histoire Elle nous laisse imaginer ce qu’on veut pour la suite tout en étant claire et cohérente. Ce roman est très bien écrit et j’étais transportée dans l’histoire. Il est bien sur romancé, mais il donne un Lire la suite

Le comte de Monte Cristo, d’Alexandre Dumas

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Edmond Dantes, un marin, rentre à Marseille à bord du Pharaon où il retrouve Mercedes, sa fiancée, et son père. Il est heureux, sera surement bientôt promu au rang de capitaine, se mariera… Mais ce bonheur ne plait pas à tout le monde, et certaines de ses connaissances le dénoncent comme Bonapartiste et réussissent à l’envoyer en prison. Bien des années plus tard, sa vengeance sera terrible…

L’avis de Mlle Jeanne : Avant de lire Le comte de Monte Cristo, j’avais déjà lu deux romans d’Alexandre Dumas : Les trois mousquetaires et La reine Margot. J’ai retrouvé dans Le comte de Monte Cristo le même souffle d’aventure et je crois que j’ai préféré ce roman aux précédents. Au début, l’intrigue se met tranquillement en place et j’ai trouvé génial l’enchaînement d’actions et de combines qui vont envoyer Edmond Dantes en prison. Lui qui avait tout pour être heureux est enfermé dans le château d’If, en face de Marseille (même prison que celle où a séjourné Mirabeau (l’un des auteurs de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen) quelques dizaines d’années avant l’arrivée d’Edmond Dantes : l’histoire commence en 1815). L’abbé Faria, un autre détenu de la prison avec lequel Dantes entre en contact, est un des personnages les plus intéressants et les plus importants de l’histoire. C’est un véritable puits de savoir, un homme incroyable et étonnant. Pendant une bonne partie des quatorze longues années de détention de Dantes, il lui enseigne plusieurs langues, lui raconte sa vie, lui apprend une multitude de choses étonnantes… Bref, c’est un des moments du livre que j’ai préféré et il est essentiel pour la suite de l’histoire.

Le saut dans le temps et le changement de point de vue est un peu déroutant à la fin du premier tome (mais tout dépend de l’édition), et peut-être un peu long aussi puisque je me suis demandée plusieurs fois à quoi est-ce qu’il allait servir pour la suite. Mais comme chaque chapitre, chaque partie, il est très important : en y repensent, j’ai l’impression que tout est minutieusement calculé par l’auteur, que tout est prévu et soigneusement dissimulé : certains éléments que je croyais être sans importances se sont révélés Lire la suite