Les âmes croisées de Pierre Bottero

les ames croisées

Nawel Hélianthas est une jeune Perle d’une des plus grandes familles Jurilan. Quelques semaines avant la cérémonie des Aspirants, à l’issue de laquelle chacun d’eux revêt la Robe de son choix, Nawel tue une Cendre. Cet épisode, qui aurait pu rester anecdotique, la hante et la pousse à faire un choix qui bouleversera son existence…

« Vivre c’est se mettre en danger, réalisa-t-elle. De la même façon qu’apprendre à marcher, c’est d’abord accepter l’idée de tomber. »

Je suis une grande fan des romans de Pierre Bottero, et tout particulièrement de la trilogie Ellana, mais j’ai pourtant beaucoup attendu avant de lire Les âmes croisées parce que je savais qu’il n’y avait pas de fin, entre autres…

Tout comme La quête d’Ewilan, j’ai finalement adoré Les âmes croisées ! Dès les toutes premières pages, j’ai été replongée dans l’univers si singulier de Pierre Bottero. J’ai été assez surprise de retrouver la même atmosphère que dans ses autres romans, et surtout de m’en souvenir alors que j’ai lu les précédents il y a plusieurs années déjà ! Sa plume est en en effet assez reconnaissable, notamment à ses phrases très courtes et percutantes.

L’histoire initiale peut sembler un peu clichée mais c’est vraiment Nawel qui fait toute la force du roman. Au début c’est un personnage plutôt repoussant et énervant, victime d’une éducation qu’elle n’a jamais remise en cause. J’ai donc été particulièrement soulagée de la voir se transformer petit à petit, parce que je m’en voulais jusqu’alors d’essayer de m’attacher à un personnage si antipathique ! Ce premier tome est donc avant tout un roman initiatique qui retrace l’émancipation d’une jeune femme pleine de caractère dans un monde dangereux et complexe où les puissants Perles asservissent les Cendres, plèbe insignifiante destinée aux tâches domestiques et ouvrières.

« – Vous êtes donc bien plus prisonnières que moi, affirma-t-il.

– Pourquoi ?

-Parce que moi, je sais où sont mes barreaux. »

Plus j’avançais dans ma lecture plus je voyais la fin approcher (plutôt logique, vous me direz ;-)) et plus j’avais envie de connaître la suite. L’histoire ne commence en fait véritablement qu’aux toutes dernières lignes et l’absence de suite est d’autant plus frustrante (Pierre Bottero, mort en 2009 n’a j’amais pu écrire la suite). Au moins, on peut laisser libre cours à notre imagination…

En bref, Les âmes croisées est un roman de fantasy captivant que j’ai adoré. Il m’a donné très envie de relire Ellana, Le pacte des Marchombres (que je vous conseille, c’est sûrement un de mes livres préférés !) et de commencer l’Autre, une autre trilogie de fantasy de Pierre Bottero…

marguerite à la folie

Mlle Jeanne



 

Frankenstein ou le Prométhée moderne de Mary Shelley

Victor Frankenstein, un savant suisse, est sauvé des glaces par l’équipage d’un navire en expédition au pôle nord. Très affaibli, il reste à bord et se lit d’amitié avec le capitaine du bateau, Robert Walton. Dans une lettre adressée à sa sœur, ce dernier raconte l’origine des malheurs du rescapé…

C’est le récent biopic sur Mary Shelley qui m’a donné envie de lire Frankenstein. Soit dit en passant, c’est un film très intéressant et plutôt réussi malgré une petite longueur au milieu.

C’est toujours bien de pouvoir faire le lien entre la vie de l’auteur et le contenu de son livre 😉 : Frankenstein a été écrit par Mary Shelley dans le cadre d’un concours d’écriture d’histoire d’épouvante avec son mari Percy Shelley et leur ami et hôte Lord Byron.

Si j’avais bien sûr entendu parler de ce roman, je me suis en effet rapidement rendue compte que je ne connaissais pas du tout son histoire. J’ai donc commencé ma lecture… en anglais ! Hormis quelques mots de vocabulaire que je ne connaissais pas, Frankenstein est un roman tout à fait accessible en anglais et on n’apprécie que plus l’histoire quand on a l’opportunité de la lire dans la langue de l’auteure !

Frankestein est aujourd’hui considéré comme un roman précurseur des genres gothique et de science-fiction. L’histoire de Frankenstein, qui s’approche de celle de Prométhée dans la mythologie grecque comme le titre l’indique, a en effet été reprise de nombreuses fois par la suite avec quelques variations. En petit rappel, Prométhée est un titan qui a (entre autre) volé le feu olympien. Pour cette imprudence considérée comme une offense aux dieux touts puissants, Prométhée est condamné à la torture, son foie dévoré chaque jour par un aigle du mont Caucase. On peut établir un parallèle avec l’histoire de Mary Shelley : Victor Frankenstein ayant déjoué les lois de la nature en créant un monstre et en lui donnant vie, il sera poursuivi jusqu’à sa mort pour son expérience. Dans les deux cas, c’est leur hubris et leur orgueil démesurés qui causeront leur perte.

Prométhée enchaîné, Rubens, XVIIe siècle, Palais des beaux-arts de Lille

L’histoire de Frankenstein est très bien construite, entre échange épistolaire et double mise en abîme. J’ai particulièrement aimé le moment où la créature de Frankenstein devient narrateur pour nous raconter ses deux premières années de vie. D’abord renié par son créateur à cause de sa laideur et de ses difformités, il part vivre dans les bois se nourrir de baies. Là, il apprend à parler en écoutant une paisible famille et au bout de quelques semaines il n’a finalement plus qu’une envie : vivre avec eux, se faire accepter par ces êtres si doux et si aimants. Sa tentative d’approche est un échec, les paysans fuient devant le monstre avant de lui avoir laissé le temps de s’exprimer. S’il était jusqu’alors bon, insouciant et n’aspirait qu’à une vie tranquille et heureuse, il prend une décision : obliger Frankenstein à lui créer une femelle pour lui tenir compagnie loin des hommes ou le poursuivre jusqu’à sa mort et être la cause de sa ruine.

 » There was none among the myriads of men that existed who would pity or assist me; and should I feel kindness towards my enemies? No: from that moment I declared everlasting war against the species, and more than all, against him who had formed me, and sent me forth to this insupportable misery. »

Frankenstein découvre la vie très rapidement et après avoir connu un amour sans retour, il connait aussi et exclusivement le malheur. Ainsi, c’est sa seule solitude et l’exclusion forcée dont il est victime qui le rendent « monstrueux ». Il se conforme ainsi aux attentes de son créateur maudit malgré lui.

« These wonderful narrations inspired me with strange feelings. Was man, ineed, at once so powerful, so virtuous and magnificient, yet so vicious and base ? »

Mlle Jeanne



Le suivant sur la liste et La nuit des fugitifs de Manon Fargetton

Nathan meurt renversé par une voiture à l’entrée de son collège. Izia a seulement de temps d’apercevoir le regard déterminé et haineux du conducteur en pleine accélération quelques secondes avant l’impact.

Timothée, bouleversé par la mort de son cousin, sort de sa chambre d’hôpital et bouscule Morgane. La jeune fille rendait une fois de plus visite à sa mère, internée depuis sa naissance suite à des crises de paranoïa répétées.

De son côté, Samuel fugue de chez lui direction la maternité à la recherche de son père biologique. Cinq adolescents aux histoires compliquées réunis par une liste de noms et un secret médical aux lourdes conséquences…

J’ai lu ces deux tomes dans une édition intégrale et je pense que ce format est particulièrement bien adapté à l’histoire : en effet si j’ai bien aimé le premier tome, je n’ai commencé à être vraiment captivée par l’histoire qu’à la fin de celui-ci et j’ai donc pu embrayer sur le second sans attendre. Le début du Suivant sur la liste m’a tout d’abord fait penser à Ne t’arrête pas de Michelle Gagnon et j’ai parfois regretté le manque d’originalité de l’histoire.

Hormis le cadre peu commun (la ville de St-Malo en Bretagne), l’intrigue de base peut sembler un peu trop simple par moments. J’ai davantage apprécié ma lecture lorsque l’on commence à mieux connaitre les personnages et qu’ils enchaînent les découvertes tout en fuyant des ennemis inconnus.

E-Nathan, une intelligence artificielle ultra sophistiquée guide les adolescents dans leur quête de vérité et leur fournit les informations nécessaires à leur fuite. Hormis ce personnage un peu à part dans le lot, aucun des protagonistes n’est particulièrement mis en avant. L’histoire est successivement présentée sous le point de vue d’Izia, Morgane, Samuel et Timothée de façon à ce qu’on apprenne tous à les connaitre. Cet équilibre est particulièrement agréable car leurs personnalités sont très différentes les unes des autres et se complètent bien. Izia est pleine d’énergie et a un sens de la répartie assez amusant, Samuel est plus direct mais un peu perdu dans sa vie, Morgane semble s’attirer la sympathie de tous sans trop de difficulté et Timothée a souvent un comportement étrange en raison de sa peur des contacts… Bref, on n’a pas le temps de s’ennuyer à leurs côtés !

Les sujets sensibles abordés tout au long de l’histoire ajoutent une intrigue supplémentaire tout en rendant les personnages plus humains. Des manipulations génétiques sont au cœur de l’intrigue et elles rejoignent un sujet d’actualité qui fait débat, entre éthique et quête de connaissance sans limite. Par ailleurs, Izia, Morgane, Samuel et Timothée ont tous une histoire, un secret ou une blessure cachée : ainsi, on découvre un milieu hospitalier décrit avec ambiguïté, des situations familiales souvent compliquées et des amitiés mouvementées.

J’ai lu le second tome avec plus d’intérêt car il m’a paru plus dense et atypique. L’intrigue est principalement resserrée sur une soirée ce qui permet une tension narrative plus importante. J’ai lu les deux volumes d’affilée en un peu plus d’une journée donc je n’ai pas eu le temps d’oublier les éléments importants mais j’ai l’impression que l’auteure a veillé à ce que ses lecteurs puissent prendre plaisir à lire la suite de l’histoire sans trop de difficulté. En effet, l’intrigue est rapidement rappelée au début de La nuit des fugitifs et les personnages ont trois ans de plus, ils ont donc pu grandir en même temps que les lecteurs !

Mlle Jeanne


 


 

Martin Eden, de Jack London

Martin Eden, un marin modeste de la baie de San Francisco, est introduit à la famille Morse après avoir courageusement sauvé leur fils, Arthur. Il y rencontre Ruth, sa jeune sœur, et est subjugué par ses connaissances, son intelligence et sa finesse. Pour revoir cette jeune femme si différente de celles qu’il a côtoyées jusqu’alors, Martin Eden commence un long apprentissage. Alors qu’il a arrêté l’école avant même d’entrer au collège, il se passionne pour la grammaire et la philosophie, en passant pas les sciences et la politique. Après de longs mois d’étude, il se lance finalement dans l’écriture, espérant ainsi pouvoir faire fortune sans retourner en mer loin de celle qu’il aime…

Après Le vagabond des étoiles et Radieuse Aurore je me suis lancée dans la lecture de Martin Eden avec de grosses attentes, et je n’ai pas été déçue ! Dès le tout début du roman, Martin rencontre Ruth et tout commence : pour la revoir, il va falloir s’élever à son niveau, comprendre tous les mots savants qu’elle emploie, lire les ouvrages qu’elle admire, bref mériter son estime. Présenté comme cela, l’histoire peut sembler un peu clichée, comme une simple amourette mais ce qui m’a passionné dans Martin Eden n’est pas tant la raison de son apprentissage que la façon dont il l’accomplit. Il se jette à corps perdu dans l’étude, et plus rien n’a d’importance pour lui, tout ce qu’il veut c’est apprendre. Je suis vraiment admirative de sa façon de se cultiver en autodidacte, par soif d’apprendre, et par amour surtout.

«  Les jours étaient trop courts. Il avait tant d’études à entreprendre. (…) Il eût volontiers consacré la totalité de son temps à chacune de ses activités et c’était la mort dans l’âme qu’il cessait d’écrire pour étudier, cessait d’étudier pour se rendre à la bibliothèque et s’extrayait de celle-ci pour se plonger dans la lecture des magazines, à la recherche du secret qui permettait aux autres écrivains de rendre leur production. (…) Mais le plus dur était de refermer ses manuels d’algèbre et de physique, de ranger son papier et son stylo pour clore ses paupières lourdes et se forcer à dormir. »

Petit à petit, on voit Martin évoluer : ses idées deviennent plus complexes, son vocabulaire plus recherché et ses mots d’argo plus rares. Très vite, il est capable de prendre du recul, de se forger sa propre opinion pour remettre en question ses maîtres. Sa vision de l’apprentissage, en analogie à la navigation qu’il connaît bien, est très juste car elle insiste sur l’infinité du savoir et la multitude des domaines à découvrir, et s’approche même d’une vision humaniste :

«  Le savoir, c’est comme une carte de navigation. C’est l’impression que ça me fait chaque fois que j’entre à la bibliothèque. Le rôle des professeurs, c’est de faire visiter la salle des cartes aux étudiants. »

De plus, Jack London ne s’arrête pas à l’apprentissage de Martin Eden, il nous montre son évolution jusqu’au bout, dans les bons comme dans les mauvais côtés et c’est aussi ce qui fait la beauté de l’histoire. Ainsi, les classes sociales en prennent tour à tour pour leur grade et la politique, sujet qui intéressait Jack London il me semble, n’est pas laissée de côté (la première moitié de Martin Eden est en effet souvent considérée comme une autobiographie romancée de Jack London).

En conclusion, Martin Eden est un roman passionnant, une véritable ode à l’apprentissage et à l’amour nuancée par une fin poignante qui conclut l’histoire sur une réflexion sociale et culturelle. A lire absolument !

Pour lire l’article de Yoko, auquel j’ai ajouté mon avis, sur son blog dédié à Jack London, c’est ici ! 😉

Mlle Jeanne