L’assassin royal T1. L’apprenti assassin, de Robin Hobb

Fitz, le bâtard du prince héritier Chevalerie, grandit à Castelserf au royaume des Six-Duchés sans connaître ni mère ni père, ce dernier ayant refusé le trône en apprenant son existence. S’il ne peut en aucun cas prétendre à la couronne, Fitz reçoit une éducation sous la protection de Burrich le maître d’écurie, jusqu’au jour où le roi prend son avenir en main : Fitz va alors commencer une initiation nocturne et secrète pour devenir assassin à son service.

« Nous nous fabriquons souvent nous-mêmes nos propres prisons. Mais on peut aussi créer sa propre liberté. »

Comme introduction au roman, Fitz, devenu vieux, raconte son histoire depuis son arrivée à Castelserf à l’âge de six ans. A partir de là, on suit ses aventures d’enfant puis d’adolescent, son apprentissage du combat, des bonnes manières et de l’Art (une magie puissante réservée à la famille royale). Ce premier tome est donc avant tout un roman initiatique, surement en introduction à la suite des douze autres volumes. Habituellement je n’aime pas beaucoup me lancer dans des séries aussi longues, mais plusieurs personnes m’ont conseillé celle là et pour cause, j’ai adoré !

Le lecteur est directement plongé dans l’univers médiéval-fantastique (d’heroic fantasy) du roman. En effet, jusqu’à l’apparition de la magie, ce monde très subtil et travaillé ressemble beaucoup au nôtre pendant le Moyen-âge. L’histoire est très captivante et je me suis tout de suite attachée à Fitz : c’est un jeune garçon très solitaire qui tente de survivre dans cet univers de pouvoir dans lequel tout le monde ne lui veut pas que du bien. C’est également un personnage plutôt réaliste qui ne sait pas très bien où est sa place en raison de sa naissance. Il a des hauts et des bas, fait des erreurs et Lire la suite

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Radieuse Aurore, de Jack London

Elam Harnish, surnommé Radieuse Aurore, est un des meilleurs chercheurs d’or du Klondike. Fort, résistant et courageux jusqu’à l’inconscience, il devient rapidement multi millionnaire après avoir découvert et exploité un filon. Fatigué de sa vie sauvage, Radieuse Aurore décide de revenir à San Francisco pour se lancer dans les affaires avec sa nouvelle fortune. Cette existence jouissive et citadine au sommet de l’échelle sociale le transformera petit à petit en un homme de pouvoir prêt à tout pour l’argent, jusqu’à sa rencontre avec une femme qui remettra tout son mode de vie en question : Dede Mason.

«-  Je vous aime, mais pas assez pour vous épouser, et jamais je ne vous aimerai assez pour vous épouser.

– Comment le savez-vous ? répliqua-t-il.

– Parce que je vous aime de moins en moins. (…) Ne comprenez-vous pas ? J‘aurais épousé de bien meilleur gré l’Elam Harnish fraîchement débarqué du Grand Nord, la première fois que je l’ai vu, il y a longtemps, que l’homme que j’ai en ce moment devant moi. » p.298

Depuis le temps que Yoko me parlait de Radieuse Aurore, son livre préféré, il fallait que je le lise ! Et je n’ai pas été déçue… Au début du roman, le lecteur découvre la vie frugale d’Elam Harnish dans le Klondike, ses grands voyages aux côtés de ses chiens de traîneaux et sa survie dans les territoires hostiles du Grand Nord. Il est décrit comme un surhomme imbattable, surtout au bras de fer, que rien n’arrête, qui enchaine les expéditions même en plein hiver, endurant plus que quiconque et qu’on a crut mort bien des fois. Si son nom est connu et reconnu dans le milieu des chercheurs d’or, il reste à l’écart des américains restés en ville qui ont eu vent de ses exploits sans y accorder plus d’importance. Ainsi, à son arrivée à San Francisco, il découvre un milieu tout nouveau pour lui : celui des affaires, auquel il s’impose progressivement en apprenant de ses erreurs. Petit à petit, il se transforme, s’acclimate, s’enrichit et se fait connaître. Pourtant, cet homme que tout le monde redoute à présent, dont l’aura fait plier les plus téméraires, se met à douter de lui-même et de ce qu’il est devenu au contact d’une seule personne…

« Combien de maisons avez-vous bâties ? Combien d’arbres avez-vous plantés ? Le cultivateur travaille le sol et produit le grain. Il fait quelque chose d’utile à l’homme. » p.264-265

On pourrait penser que Radieuse aurore est un roman d’aventure, mais c’est avant tout une trajectoire qui est décrite. Si j’aimais bien l’histoire jusqu’à l’arrivée d’Elam à San Francisco, elle m’a passionné à partir de Lire la suite

Chaque chose en son temps, de Lorris Murail

Chaque-chose-en-son-temps

Reine, une jeune femme française au service de Louis Nicolic, un scientifique Serbe pendant la première guerre mondiale, le retrouve un jour gravement blessé après l’une de ses expérience. Des médecins l’emportent dans un hôpital militaire à quelques kilomètres de là et Reine se retrouve seule avec une étrange découverte : un trou noir s’est formé dans le laboratoire du scientifique. Cent ans plus tard, en 2015, deux enfants observent le même phénomène dans le garage de leur maison…

J’ai beaucoup aimé ce roman mais j’ai néanmoins un avis assez partagé. D’un côté j’ai passé un très bon moment en le lisant : Reine est un personnage attachant, une jeune femme pleine d’énergie qui donne du rythme à l’histoire. Elle est assez naïve sur l’ampleur de la Grande guerre au début et on découvre donc en même temps qu’elle l’atrocité des conflits auprès des Gueules Cassées de l’hôpital. Lorsqu’elle commence à comprendre qu’elle peut, à travers le trou noir, parler avec de habitants du futur, elle veut naturellement savoir quand est-ce que cette guerre finira. Quand Quentin et Blaise lui annoncent trois ans de conflit supplémentaires, et pour couronner le tout une seconde guerre mondiale, son moral tombe au plus bas… L’Europe que les deux enfants lui décrivent paraît alors merveilleuse, presque utopique, une belle promesse d’espoir. Un pays où l’Allemagne et la France seraient unies ! Partageraient la même monnaie ! Sans guerre ! Cette description peut paraître un peu trop idéalisée (surtout quand on connaît toutes les tensions qui animent l’Union Européenne actuellement) mais en même temps elle montre à quel point il est important de préserver la paix…

«  Il faudra être patient, attendre peut-être… quarante ans, mais il viendra, je vous l’assure, ce jour où les frontières s’effaceront et où toutes les nations de l’Europe s’uniront. Je ne vous dis pas que tous les problèmes disparaîtront mais la paix régnera. Du nord au sud, de l’ouest à l’est, il n’y aura plus qu’un seul pays, une seule grande communauté où les hommes respecteront le même drapeau, chanteront le même hymne, partageront les mêmes richesses qu’ils paieront avec la même monnaie ! »

Le message que tente de faire passer ce roman est donc particulièrement fort et très intéressant même s’il peut paraître un peu simpliste et cucul. La dimension fantastique de l’histoire donne un peu de piquant à l’intrigue, et surtout beaucoup d’espoir à Reine qui tente par tous les moyens de sauver Louis Nicolic. Mais… le concept d’échange temporel pendant la Grande guerre ne vous fait-il pas un peu (beaucoup) penser à Lire la suite

La nuit des temps de Barjavel

la nuit des temps

Simon fait partie d’une expédition scientifique au pôle sud en tant que médecin. Il ne pense qu’à revenir dans un pays chaud et confortable jusqu’au jour où un étrange signal apparaît sur l’écran d’un des appareils de mesure. Des ruines vieilles de plus de 900 000 ans, enfouies sous 980 mètres de glace, viennent d’être découvertes au point 612 de l’Antarctique…

« Je suis entré, et je t’ai vue.

Et j’ai été saisi aussitôt par l’envie furieuse, mortelle, de casser, de détruire tous ceux qui, là, derrière moi, derrière la porte, dans la Sphère, sur la glace, devant leurs écrans du monde entier, attendaient de savoir et de voir. Et qui allaient TE voir, comme je te voyais.

Et pourtant, je voulais aussi qu’ils te voient. Je voulais que le monde entier sût combien tu étais, merveilleusement, incroyablement, inimaginablement belle.

Te montrer à l’univers, le temps d’un éclair, puis m’enfermer avec toi, seul, et te regarder pendant l’éternité. »

Le début de l’histoire m’a particulièrement plu : j’avais très hâte de connaître ce qui se cachait sous le glace dans une sphère d’or impénétrable. Simon, narrateur occasionnel, nous livre ses sentiments sur l’expédition de manière postérieure, une fois revenu à Paris. Ces courts passages ne font qu’augmenter le mystère autour de cette découverte polaire. Qu’est-ce qui a pu le bouleverser autant sous la glace de l’Antarctique ? Pourquoi peine t-il à retrouver sa vie urbaine ? De quoi attiser la curiosité… Et je n’ai pas été déçue ! Les personnages sont tous très intéressants à leur façon : Simon l’est en fait principalement pour les sentiments qu’il éprouve pour « la découverte » (haa ! c’est dur de ne pas en dire plus ! ;)), et on a finalement peu d’informations à son sujet. Les autres chercheurs ont des caractères variés et certains préjugés que j’ai pu avoir sur des personnages se sont finalement révélés faux par la suite. L’ensemble des personnages dépeint un milieu scientifique essentiellement masculin, à l’exception d’une femme dans l’équipe…

Si le début de l’histoire est rythmé, le milieu du roman alterne entre des passages tout aussi intéressants et d’autres qui trainent un peu en longueur à mon goût : on en sait finalement presque trop. L’auteur nous raconte tout ce qui s’est passé il y a 900 000 ans dans les moindres détails alors que tout n’est pas d’une importance capitale, si bien que cela laisse finalement peu de place à l’imagination. Je préfère être dans l’attente de la vérité qu’à un stade où l’on croit tout connaître alors que ce n’est pas forcément le cas… Et pour cause, je ne m’attendais pas du tout au retournement final, l’effet de surprise est très réussi ! Il clôt l’histoire en beauté et donne envie de relire le début du livre pour y découvrir d’éventuels indices…

Entre découverte scientifique, romance et fantastique, La nuit des temps marie des genres très différents pour former une histoire captivante que j’ai adorée !

marguerite passionément

Mlle Jeanne



 

Trouble vérité, d’Emily Lockhart

Première semaine de juin 2016. Jule sort du métro New Yorkais après une longue journée à la recherche d’un travail.

Troisième semaine de juin 2017. Jule s’enfuit d’un hôtel au Mexique, perruque enfilée, maquillage parfait et conscience (presque) tranquille.

Que s’est il passé entre temps ? Les chapitres s’enchainent et vous emmènent toujours plus loin, à rebours dans le temps, à la recherche de la vérité…

Whaw. C’est le premier mot qui me vient à la bouche pour décrire ce livre. Au début de l’histoire on est un peu perdus (au milieu et à la fin aussi en fait ^^) : les informations s’enchaînent sans cohérence immédiate, les vérités et les mensonges s’entrelacent si bien qu’on ne sait plus vraiment démêler le vrai du faux.

J’avais très envie de lire ce roman car j’ai adoré Nous les menteurs, de la même auteure. Dans les deux cas, ce sont des histoires poignantes, marquantes et qui font réfléchir. Ce sont des lectures qui changent complètement des autres romans jeunes adultes plus classiques, autant par l’histoire que par la manière de la raconter. Ici, on comprend petit à petit qui est Jule en remontant dans le temps (l’intrigue nous décrit donc plus une trajectoire et une personne qu’une aventure qui s’inscrit dans un schéma narratif prédéfini) : l’auteure nous pousse à croire certaines choses au fil des chapitres pour soudainement remettre en cause tout ce que l’on croyait établi. L’effet de surprise repose donc sur l’imagination du lecteur : à aucun moment l’auteur ne « ment » au sujet de son personnage, mais elle arrive à nous suggérer des fausses voix d’interprétation pour mieux nous surprendre.

La finalité de histoire serait donc un portrait de Jule (mais sait-on vraiment jamais qui elle est réellement ?) ; de tous ceux qui sont faits, celui-ci est mon préféré : Lire la suite